Retour vers nos archives pour un meilleur futur

L’urgence de combattre les impacts environnementaux causés par nos modes de vies actuels ne nous laisse que peu de temps pour agir et mettre en place une économie circulaire. Pour y parvenir au plus vite, pourquoi et comment puiser dans des vieilles recettes déjà éprouvées ?

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Extrait du Bald’s Leechbook, livre de médecine anglo-saxon du début du Xé siècle

Nos ancêtres ne disposaient pas de nos choix technologiques actuels. Ils ont donc puisé dans les 3,8 Mds d’années d’évolution et d’adaptation de la nature pour assurer répondre à leurs besoins. Et, pour vérifier leur degré d’avancement scientifique, Christina Lee, une chercheuse en lettres anciennes de l’Université de Nottingham et spécialiste de l’époque médiévale a eu l’idée de traduire une recette issue du Bald’s Leechbook, un manuscrit médical vieux de plus de 1000 ans.1 Elle choisit de traduire une recette contre l’infection de l’œil :

Sélection_001 Recette médiévale contre l’infection de l’œil.

  • Mélanger des quantités égales d’ail et d’oignon. Ajouter du vin et de la bile de vache en quantités égales.
  • Laisser reposer dans un contenant de cuivre pendant neuf jours.
  • Filtrer à travers un morceau de tissu. Appliquer avec une plume dans l’œil infecté du patient avant le coucher.

Travail inter-disciplinaire.

Pour tester l’efficacité de la recette, Christine Lee n’a pas les compétences. Elle demande donc à l’équipe de microbiologie de la chercheuse Freya Harrison de son université. Les chercheurs ont testé la recette contre la superbactérie Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (ou S.A.R.M.), une bactérie résistante aux antibiotiques. Les ingrédients utilisés ont été sélectionnés selon leur qualité la plus proche de celle du Xe siècle. Et là, c’est une surprise pour le docteur Freya Harrison. On connaissait les faibles propriétés antibiotiques des ingrédients pris un à un, mais pas la résultante de cette combinaison. Et, au-delà de toute espérance : la recette appliquée sur une colonie de bactérie a exterminée 99,9 % d’entre elles ! Le test a été reproduit aux U.S. à la Texas Tech University sur des souris et a tué 90 % des bactéries sur leurs plaies.

« Nous avons été stupéfaits de l’efficacité de la combinaison des ingrédients », dit Freya Harrison1.

Ces résultats ont été publiés en mars 2015 et à l’heure actuelle les scientifiques n’expliquent toujours pas ces résultats.

Début 2015, une analyse présentée à l’ISPOR (the International Society for Pharmacoeconomics and Outcomes Research) montre qu’aux États-Unis le traitement des infections dues au S.A.R.M. coûtent annuellement entre 3,2 et 4,2 millions de $.2

Comment ce remède ancien ouvre la voie à l’économie circulaire ?

L’industrie du médicament produit selon un modèle linéaire, les matières premières sont extraites, les molécules actives isolées puis utilisées pour synthétiser les médicaments. Une fois consommés par les patients (homme et animaux) ils sont métabolisés par leurs organismes puis rejetés dans l’environnement par les voies naturelles.

Des analyses sur les médicaments issus de la synthèse chimique (la majorité des molécules vendues) montrent que des résidus médicamenteux se retrouvent mélangés dans les milieux aquatiques et posent des problèmes d’écotoxicité et participent à la sélection de bactéries antibiorésistantes dans ces milieux3.

La prise en compte de cette problématique n’est pas aisée, car l’autorisation de mise sur la marché d’un médicament (A.M.M.) à usage humain exclut la prise en compte du risque environnemental quel que soit le potentiel polluant du médicament (même si il y une obligation d’étude de biodégradabilité) . 4

D’où vient l’économie circulaire ?

ecocircrdNous en parlons depuis moins d’une dizaine d’années en politique mais dans les faits ce concept existait de façon pragmatique depuis fort longtemps. Au XIXé siècle, les chiffonniers contribuent au recyclage de nombreuses matières à la première révolution industrielle (chiffons, ferraille, sous-produits de l’équarrissage et de la tannerie5. Contrairement au modèle linaire actuel, et en plus de mettre en place des solutions de recyclage, réduction de la consommation, réutilisation, cette économie se veut être intégrée et organisée pour viser le respect des écosystèmes, une plus grande sobriété des ressources et l’efficacité énergétique.

Espoir d’application pratique ?

Le Dr Harrison pense que la montée des résistances aux antibiotiques dans les maladies bactériennes et le manque de nouvelles solutions et un challenge clé en termes de santé publique. Il est urgent de développer de nouvelles stratégies car créer de nouveaux antibiotiques conventionnels coûte très cher et augmenterait encore plus les phénomènes de résistance.1

Ces recherches peuvent amener à limiter fortement l’usage des antibiothérapies conventionnelles. Le résultat serait une réduction des phénomènes de résistance, des effets secondaires des molécules classiques et de l’impact environnemental dû à la présence de ces résidus dans l’eau et relatif à la production des médicaments.

Quels sont les avantages de cette stratégie en économie circulaire ?

– Les ressources nécessaires par l’équipe de Nottingham pour son expérience sont 100 % renouvelables sans utilisation d’engrais de synthèse chimique ou de pesticides puisque produits et conservés aux standards du Xé siècle.

La phase de production du remède est économe en énergie car il n’y pas de processus d’extraction de molécules ni de chauffage préalable.

– Ce qui ne sert pas à la production peut être valorisé comme biomasse. (tiges de végétaux compostables par exemple)

– Même inutilisée la préparation se s’apparente pas à un déchet chimique de synthèse.

– Une forte valeur économique en considérant la réduction des coûts du traitement des infections

– Une possible relocalisation de la production des matières premières avec des partenariats entre éleveurs, maraîchers et unités de production

Un effort de R&D apparemment plus faible (à démontrer à long terme)

Créer des synergies de savoir inter-disciplinaires

Une solution pour agir vite ?

Face à l’urgence d’agir pour trouver des solutions et le coût de l’innovation classique comme le démontre le Dr Harrison, il apparaît intéressant d’explorer les savoirs ancestraux établis avant la mise à grande échelle de notre mode de développement actuel construit selon le schéma linéaire : Matières premières extraites > production > consommation > déchets6.

Explorateur de savoirs anciens : un métier pour le futur ?

Le caractère innovant de cette expérience n’a pas été d’inventer un nouveau médicament en laboratoire. Il a été de faire naître une synergie entre deux équipes universitaires qui ne traitent pas la même matière autour d’un travail qui était connu, référencé mais délaissé. À cause peut-être de son ancienneté et de la vision péjorative que notre société projette sur le Moyen Âge ?

Aujourd’hui, combien de vieux manuscrits avons-nous à déchiffrer et qui pourrait nous donner des solutions pour le futur ?

Pour établir cela, lançons un appel aux historiens pour qu’ils soumettent les savoir ancestraux oubliés aux scientifiques de nos universités.

4 Ibid

5 Sabine Barles, L’invention des déchets urbains. France 1790-1970, Seyssel, Champ Vallon 2005.

6 Qu’est ce que l’économie circulaire ?

Pour télécharger l’article au format PDF :
Retour vers nos archives pour un meilleur futur – par Sébastien Darreau

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