Billet d’humeur personnel : Sauver la matière organique, sauver l’amour pour les sols

Avec ma fille, j’ai pris connaissance de la chanson « Sauver l’amour »  de Daniel Balavoine. Quelques phrases me faisait penser au sauvetage de l’amour pour les sols, la Gaïa, notre terre mère nourricière : «Qui est-ce qui pourrait sauver l’amour et comment retrouver le goût de la vie ?» L’image de la Terre est pour moi, une mère âgée, épuisée et malade pour de multiples raisons : l’utilisation massive des intrants (pesticides, engrais chimiques, insecticides), le tassement dû aux engins agricoles, le labour, la spécialisation et les monocultures, le lavage et l’érosion des sols lié au remembrement et aux champs sans culture…Selon les experts mondiaux des sols Lydia et Claude Bourguignon (revue « Sans transition » N° 4 Fev / Mars 2017), les sols agricoles français sont endommagés car les techniques culturales actuelles inadaptées aux sols ont fait disparaître en 50 ans la moitié de la teneur en matière organique des sols. Comment aider les sols à retrouver la santé et le goût de la vie? Pour ces deux experts, la solution consiste à réintroduire la matière organique dans les sols.

Les sols, c’est la vie en somme, puisque c’est en eux que les êtres vivants sont recyclés en éléments nutritifs pour un nouveau tour de manège. Il s’agit d’une interface produite entre la roche et l’air en quelques millénaires par le mariage réussi du minéral et de l’organique. Plus concrètement, la matière organique est découpée, hachée par des organismes décomposeurs et détritivores qui la réduisent à des éléments, puis à des molécules, de plus en plus petits et fins, jusqu’à être « minéralisée » c’est-à-dire transformée en briques ultimes, les minéraux tels que l’azote, le phosphore et le potassium.

Mon attention à la matière organique a commencé par mes stages en jardinage bio avec l’association de l’agro-écologie en mouvement « Terre des Possibles » de Brest. Au travers de ces ateliers pratiques, j’ai appréhendé le rôle du compost dans les potagers bio. On m’a expliqué qu’il existait plusieurs techniques de compostage : compostage fermé et chaud dans un composteur ; compostage ouvert et froid en air libre. Le premier nécessiterait environ 6 -12 mois pour obtenir des compostes matures. Et le deuxième, 12-24 mois.

Ces informations sont confirmées par les échanges avec les maraîchers bio du marché du Dimanche de Saint Louis de Brest. Ils fertilisent tous leurs sols avec compost. Certains utilisent les composteurs classiques. D’ autres pratiquent les techniques alternatives de compostage moins contraignantes : zones de compost à l’air libre, trous dans les sols qui donnent les mêmes effets d’accélération d’un composteur fermé, paillage et engrais verts directs aux champs, fumiers issus des animaux de la ferme (cochons, poules…) qui mangent des déchets de légumes…

Un maraîcher bio de Plougastel Daoulas a crée en mars 2016, dans sa ferme une zone de compostes ouverte collective de 700 mètres carrés. Les habitants de proximité y apportent leurs composts individuels. Ce maraîcher a tourné cette zone de composts un an plus tard et compte mettre ces compostes aux champs mars 2018.

Un maraîcher bio venant des Monts d’Arrés où les sols sont plutôt très acides et argileux m’a confirmé que le retour aux sols des matières organiques avait bien aidé à récupérer leurs sols initialement en mauvais état. Comme leur propres composts n’ont pas suffi, ce maraîcher étaient obligé d’en acheter.

Un maraîcher bio de Ploudaniel a confié que leur ferme est naturellement fertile grâce aux compostes et aux arbres omniprésents car le sol des bois constitue une réserve idéale de matière organique, riche en humus qui favorise la biomasse. Ces matières nutritionnelles issues des bois pourraient se transporter aux champs par l’eau et le vent.

D’après les experts en agronomie bio, la matière organique doit entrer à nouveau par le chemin le plus court depuis les sources existantes car les micro-organismes sous les sols reconnaissent et décomposent plus facilement les matières organiques qui y sont déjà.

Ce constat rejoint l’opinion du Japonais Masanobu Fukuoka, pionnier mondial de l’agriculture sauvage (naturelle). Il a mentionné, dans plusieurs de ses œuvres que le compostage peut être bénéfique dans une certaine mesure mais nécessite trop d’efforts par rapport aux bénéfices. Selon lui, la meilleure solution serait de ne prendre à la terre que le minimum des récoltes et de laisser tout le reste aux sols : tiges, feuilles, racines des plants. Dans l’impossibilité de laisser le maximum de plantations aux sols, le paillage lui a semblé le mieux adapté.

Selon Frédéric Denhez (« Cessons de ruiner notre sol » Flammarion 2014) , spécialiste des questions environnementales, 26 mètres carrés de terres fertiles disparaissent chaque seconde en France. Ces terres se transforment en rocade et macadam, en logements et magasins. L’urbanisation a artificialisé 3,5 millions d’hectares de sols qui représentent 6,3 % du territoire français. Ces sols artificialisés sont devenus surfaces couvertes de bitume, irrémédiablement.

On ne peut pas freiner la frénésie d’urbanisation autorisée par la lois actuelle. Mais on peut au moins faire de petits gestes de sauvetage des matières organiques au quotidien. Ces matières organiques sauvées et transformées en humus pourraient être apportées un jour ou autre aux sols en manque de nutriments.

Frédéric Denhez propose 10 mesures pour les sols dont 2 concernent aussi le retour des matières organiques aux sols. La première consiste à épandre nos déchets organiques sur les sols, plutôt que dans les centrales à méthanisation très coûteuses. La deuxième est d’aider l’agriculteur en lui apportant nos composts.

Que pourrait faire, comme geste de sauvetage des matières organiques pour les urbains « hors sols » ? Le compostage. Ce n’est pas la solution la plus simple et efficace mais c’est mieux que rien.

Peut on « composter » de façon ouverte et froide, aux potagers urbains comme incroyables comestibles et aux jardins et espaces verts publics ?

Un après-midi dans la rue Jean Jaurès de Brest, j’ai essayé avec la peau d’une banane. Je l’ai jetée directement dans un espace vert public à coté de la rue, sous un arbre, en me disant qu’elle se décomposerait avec le temps. Tout de suite, une dame de passage, m’a envoyé des remarques, « Madame, vous avez jeté un déchet dans l’espace public !». J’ai eu beau lui expliquer que ce n’était pas un déchet mais de la matière organique qui se transforme en nutriment pour le sol. Cette expérience m’a emmenée à interroger certains organismes et individus en lien avec le jardinage et les déchets verts car ça m’embête de voir les déchets organiques partir d’abord dans des poubelles ménagères puis à l’incinération. Les réactions obtenues étaient multiples. Les déchets verts jetés directement aux jardins pourraient provoquer des maladies comme la peste. Les déchets verts jetés dans l’espace public nuit à l’image de la ville. Impossible de trier les poubelles ménagères avant incinération juste pour sortir des déchets organiques par manque de moyens. Inutile de faire ce tri par inquiétude de contamination de ces déchets verts par d’autres types de déchets notamment d’origine pétrolière.

Ces réactions continuent de m’intriquer et de questionner. Les rats sont attirés par les résidus d’animaux. Les déchets végétaux ne peuvent donc pas être sources de la peste. Je garde aussi en tête une image dans le film « Demain » avec des chaînes de tri des déchets ménagers en Californie, aux Etats-Unis. Les déchets organiques sauvés partiront dans les compostes. La contamination issue des matières plastiques est elle plus grande que celle des intrants chimiques ? L’image d’une ville avec jardins urbains « propres et ordonnés » pour l’apparence est elle plus importante que celle d’une ville réellement propre avec sauvetage optimal des matières organiques et réduction maximale des intrants toxiques?

La réponse est bien évidente mais la mise en pratique prendrait encore du temps. Quand je voyage dans mon pays natal, la Chine, je garde aussi l’habitude de garder les épluchures de fruits et de légumes avec moi et cherche l’occasion de les retourner dans un espace vert public car j’y trouve rarement de composteur. Cela m’arrive même de revenir de temps en temps en France avec quelques sacs de déchets verts chinois dans mes valises.

Je tiens tellement à ces matières organiques parce que j’ai compris qu’elles constituent la thérapie naturelle la plus simple et efficace pour régénérer nos sols épuisés et intoxiqués. C’est l’équivalent de l’ocytocine, l’hormone de l’amour qui pourrait prévenir des maladies voire mieux vaincre certaines tumeurs que les chimiothérapies, créées par les sciences et technologies modernes et artificielles.

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