Comment surfer écoresponsable sans attraper froid!

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Profiter de l’Océan, l’admirer, ressentir cette force naturelle et bienfaitrice ! Outre les sensations procurées par ces activités, nombreux sont les surfers, kitesurfers, plongeurs qui aiment ces activités pour leur proximité avec ce milieu naturel si beau et si emblématique. Malheureusement les équipements nécessaires à ces pratiques ne sont eux pas aussi respectueux de Poséidon ! Parmi ceux-ci, qu’en est-il des combinaisons thermiques ?

Pratiquer les sports nautiques sous nos latitudes « tempérées » sans une protection thermique efficace, et c’est la pneumonie assurée ! Certains, comme Robert August et Mike Hynson, ont fait le simple choix, évident et frappé au coin du bon sens, de ne surfer que l’été et…365 jours par an ! Ils décidèrent donc en 1966 de voyager tout autour du monde à la poursuite de l’été! Los Angeles, New-York, Dakar, Cape Town, Sydney, Auckland…  « The Endless Summer », film mythique de la Cool Attitude, raconte leur périple !Affiche Film The Endless Summer

Incompatibilité avec une vie professionnelle classique, bilan carbone déplorable…Non, « The Endless Summer » n’est pas la solution pour une pratique des sports nautiques écoresponsables !!! Il va donc falloir s’y résoudre, nous allons devoir enfiler une protection thermique, la fameuse, la célèbre, la…combard !Combinaison néoprèneMais la combinaison est-elle écocompatible ? Notre enquête commence…

Chère combi, de quel matériau es tu constituée ?

J’ai un pouvoir de flottaison exceptionnel, je suis à la fois souple et solide, je résiste à l’ozone, aux hydrocarbures, aux intempéries et à l’eau de mer, et surtout, même mouillé, je vous tiens chaud, je suis, je suis ???

Le NEOPRENE !

C’est le nom de la marque introduite par la société DUPONT DE NEMOURS pour désigner une famille de caoutchouc à base de polychloroprène, créé en 1930 pour des applications industrielles dans l’automobile, la construction ou l’aviation. C’est le premier caoutchouc synthétique, issu de la vulcanisation du caoutchouc néoprène réalisée en utilisant des oxydes métalliques. Mais d’où provient-il ? Est-ce un matériau naturel ? Comment est-il fabriqué ? Caoutchouc synthétique…donc issu de combustibles fossiles. Aïe ! Vulcanisation ? Procédé chimique consistant à incorporer un agent vulcanisant, du soufre le plus souvent, à un élastomère brut pour former, après cuisson, des ponts entre les chaînes moléculaires.  Cuisson ? Donc importante consommation d’énergie ! Re-Aïe ! Une analyse de cycle de vie s’impose afin d’y voir plus clair ! Re-Re-Aïe, pas d’ACV en vue !

Bon…notre enquête commence mal… La fabrication du néoprène semble tout sauf écocompatible !

Que devient le néoprène en fin de vie ? Recyclage ?

Poursuivons et prenons contact avec EUROSIMA, l’association qui regroupe les professionnels des sports de glisse.

EUROSIMA estime que chaque année 60 tonnes de déchets de combinaisons sont collectées en Europe, mais les stocks sont dispersés, il n’y a pas de réelles collectes d’organiser, et impossible d’évaluer les stocks dormants au fond des placards ! Et c’est sans compter avec les écoles de plongée, de kayak, de triathlon… Quant au recyclage des combinaisons usagées, aujourd’hui, ça n’existe pas ! Différentes techniques ont été tentées sur les combinaisons en fin de vie. Il y a plusieurs étapes indispensables mais contraignantes (donc onéreuses !) : enlever le sel, enlever les zips… Puis une étape de micronisation mais le néoprène fond légèrement et risque d’endommager les machines. Des tests ont été faits avec succès au niveau des chutes de fabrication des usines en Thaïlande pour refaire des objets avec le néoprène. Seule la société RIP CURL réalise ces opérations, car elle possède sa propre usine de fabrication. Les autres marques sous-traitent la fabrication de leur produit, et n’ont donc pas de levier d’action possible. D’autres techniques consistent à faire subir aux produits vulcanisés un traitement chimique et thermique à haute température (aïe, j’ai mal à mon conso énergétique !) qui permettraient de dépolymériser le caoutchouc. Le déchet obtenu, appelé caoutchouc régénéré (Reclaim en anglais), possède des caractéristiques physiques moins performantes que le produit d’origine, notamment en raison du traitement subi ; mais son réemploi à des taux variables (moins de 10 % à plus de 50 %) est possible pour certaines fabrications, générant une économie non négligeable, mais surtout permettant un « recyclage » d’un matériau très particulier en raison de ses multiples applications.

La technique semble donc exister, mais elle n’est pas mise en œuvre actuellement, faute d’un marché d’un néoprène de « seconde main », probablement parce qu’éliminer le déchet de néoprène coûte moins cher que de le recycler !

EUROSIMA a essayé de mettre en place une écotaxe volontaire pour financer la collecte et le tri des bonnes combinaisons, puis le recyclage de la matière, mais aucun accord collectif n’ayant été trouvé, ce projet fut malheureusement abandonné.  Les bonnes volontés se heurtent bien souvent à la réalité financière !

Mais alors, que deviennent nos pauvres combards usagées ? Le réemploi ?

Alléluia ! Le réemploi des vieilles combis existent ! Oui, mais…à toute petite échelle ! Voici les deux principales expériences recensées en France.

NEOCOMBINE, créé en 2009 à Guérande, recycle les combinaisons de surf récoltées sur les plages par un processus entièrement artisanal et 100% français ! Bracelets originaux, porte-clefs… Chaque année, NEOCOMBINE fabrique 25000 bracelets et 2000 porte-clefs. Ce qui équivaut à 150kg de néoprène recyclé. Et seul 30% du poids de la combinaison d’origine peut être réutilisé, le reste est jeté, c’est-à-dire les coutures ou bien le néoprène trop usagé car impropre à la sérigraphie.

COMBHARD, créé à l’initiative d’un styliste basque, conçoit des vêtements et autres accessoires à partir de combinaisons usagées.

Photo Combhard

Ces initiatives originales de réemploi des combinaisons usagées en accessoires et vêtements démontrent qu’offrir une deuxième vie au néoprène est possible. Mais les volumes sont pour l’instant trop faibles pour être significatifs.

Mais alors…où va ma vieille combi ?

Votre vieille amie la combi est malheureusement purement et simplement éliminée ! Enfouissement ad vitam eternam dans un centre d’enfouissement, ou bien incinération avec valorisation énergétique, ce qui est mieux, ou plutôt moins pire que rien !

Heureusement, il y a…l’Ecoconception !

Remplacer un matériau performant mais dont la fabrication est polluante, par un matériau naturel et présentant un faible impact environnemental, tout aussi efficient et si possible pas plus cher, ou pas de trop ! Quel défi !

La première marque à s’être lancée dans le projet de fabriquer une combinaison éco-conçue est Patagonia.

Caoutchouc naturel issu d’hévéa + Eco-conception = Combard éco-responsable !

Patagonia a fait de la fabrication de produits respectueux de l’environnement son cheval de bataille. D’après les informations récoltées sur le site internet de Patagonia, la marque a étudié les possibilités de remplacer le néoprène par une matière plus écologique. Mais lorsque la marque a conçu sa première génération de combinaisons, il n’existait pas d’autre matériau pouvant se substituer au néoprène. Elle a donc choisi de réduire la quantité de néoprène utilisé.

La doublure des combinaisons était composée de matières innovantes, qui comprenaient de la laine mérinos traitée sans chlore. Le néoprène utilisé était fabriqué à partir d’acétylène issu du calcaire, au lieu du butadiène dérivé du pétrole, mais ce néoprène n’était pas renouvelable non plus et sa production réclamait également une quantité d’énergie importante, sans oublier les conséquences liées à son extraction et à son transport. Le bilan environnemental de ce néoprène restait décevant.

En 2008, Patagonia a alors fait appel à la société Yulex pour mettre au point un substitut du néoprène qui soit renouvelable et végétal. Après avoir récolté le latex brut sur les hévéas, la société Yulex le traite selon un procédé breveté qui élimine plus de 99 % des impuretés et qui produit un élastomère naturel plus solide et hypoallergénique.

Patagonia a souhaité utilisé de l’hévéa issu de plantations certifiées FSC (Forest Stewardship Council™) au Guatemala, contrôlé par l’ONG Rainforest Alliance, garantissant ainsi que cette culture n’était pas réalisée au détriment de la forêt équatoriale. Les évaluations environnementales réalisées par Patagonia ont finalement révélé que ce polymère étant produit par des arbres et non dans des usines, grâce à l’énergie solaire plutôt qu’à l’électricité, le processus de fabrication entraînait une réduction de près de 80 % des émissions de CO2, nocives pour le climat, par rapport à la production de néoprène traditionnel.

Dorénavant, les 21 combinaisons commercialisées par Patagonia sont toutes réalisées à partir du caoutchouc naturel Yulex™ issu de sources certifiées FSC par la Rainforest Alliance.

Enfin, un maximum de polyester recyclé est utilisé pour la confection des doublures intérieures et extérieures, afin de réduire la dépendance au pétrole nécessaire à la fabrication du polyester neuf.

Et les autres ?

A ce jour, seules les marques Sooruz, Picture et Vissla proposent des combinaisons éco-conçues, toutes réalisées à partir de naturalprène®, le nom commercial du matériau produit à partir de caoutchouc naturel d’hévéa, développé par l’entreprise chinoise Sheico Group, leader mondial pour la fabrication de vêtements pour les sports nautiques et principal fournisseur de nombreuses marques de « surfwear ».

Commençons par la marque française PICTURE, qui propose depuis cette année une combinaison composée à 85% de caoutchouc naturel et à 15% de caoutchouc synthétique sans substance chlorée, et l’utilisation d’une colle à base d’eau et donc sans solvant.

Picture Naturalprene

Le Naturalprene de la marque Picture

Poursuivons par SOORUZ,  autre marque française spécialisée dans le surf, qui a elle aussi cherché à substituer le néoprène par d’autres matériaux plus respectueux de l’environnement. D’abord avec du bambou et du polyester recyclé, puis avec le fameux Yulex© à base de guayule naturelle, et enfin, depuis 2016, avec une nouvelle combinaison annoncée « 100% écologique », à base de naturalprène®. Les doublures sont réalisées à partir de polyester recyclé et le fabricant utilise une colle écologique à base d’eau et sans solvants.

Pour finir, VISSLA propose également une gamme de combinaisons fabriquées à partir de caoutchouc naturel naturalprène™, utilisant des colles à base d’eau et sans solvants, et dont le polyester provient de bouteilles plastiques recyclés.

En résumé, plusieurs marques, mais un seul matériau proposé par le principal fabricant mondial de combinaisons…

Le Naturalprène®, le Yulex™…l’ACV s’il vous plaît ?

Il apparaît probable que ces nouveaux matériaux présentent un bilan environnemental  bien plus intéressant que celui du néoprène, notamment grâce à la réduction des rejets de CO2. Mais à ce jour, aucune analyse de cycle de vie n’a été réalisée afin de quantifier exactement les bénéfices. Seule Patagonia annonce des gains allant jusqu’à 80% de réduction du bilan CO2.

Les performances techniques sont elles au rendez-vous ?

Et oui, protéger l’environnement en proposant un produit éco-conçu, c’est bien, mais si personne ne le porte parce qu’il ne répond pas aux exigences des consommateurs…c’est perdu !

Confort, protection thermique, souplesse du matériau, durabilité…

Alors, quid des performances ? Bien meilleurs que le néoprène bien sûr…D’après les marques qui les commercialisent ! Donc…aucune idée ! Un petit tour dans un surf-shop lorientais nous informe que ces produits sont encore trop récents et donc trop peu commercialisés pour avoir un retour objectif. Et sur la toile, un seul modèle testé par un seul utilisateur, qui indique que le degré de protection thermique est comparable, mais que la souplesse et donc le confort sont inférieurs. Difficile pour un acheteur de se faire une idée objective, et donc de changer ses habitudes !

Combien ça coûte ?

Encore un bémol ! Prenons les modèles d’une épaisseur de 3mm, adaptés pour des eaux de 16 à 18°C. La combinaison Patagonia…375€ ! La combinaison Picture…330€ ! Le modèle Sooruz…359€ ! Et la combinaison Vissla…369€ ! Alors que le prix moyen des produits concurrents en néoprène classique est compris entre 169 et 200€…

Et à la fin, que devient notre combinaison éco-conçue ?

Sur ce point…aucune info ! Le produit est-il compostable ? Etant donné le process, ce serait surprenant ! Réutilisable ? Une valorisation énergétique est-elle intéressante, avec quel impact ? Le fabricant a-t-il prévu, dès la conception du produit, sa « déconstruction », pour quel emploi ? Ou bien la filière de recyclage est elle organisée ? La encore, aucune info, donc…Très probablement élimination !

Pour conclure…

Surfer écoresponsable, sans attraper froid, c’est possible…mais il faut être sacrément motivé !

Pas de garantie de même qualité de service rendue en comparaison avec les modèles classiques, un prix bien supérieur, peu de modèles proposés par seulement 4 marques dont uniquement 2 pour l’intégralité de leurs gammes. Et seule Patagonia garantit que le caoutchouc provient de plantations certifiées FSC…

De gros progrès ont été réalisés, mais parler de combinaisons répondant aux critères de l’écoconception, cela paraît encore prématuré, et le taux de pénétration du marché est encore quasi insignifiant!

Alors que faire pour promouvoir ces produits ?

  • Informer, sensibiliser, communiquer, pour inciter à acheter du matériel écoconçu!
  • Analyse de Cycle de vie obligatoire pour toutes les combis, en néoprène « fossile » comme en néoprène naturel ; et le résultat doit être affiché sur l’étiquette pour que le surfer achète sa combinaison en toute connaissance de cause !
  • Développer une éco-conception complète des combis :
    • Néoprène issu d’hévéa, oui, mais provenant à 100% de forêts éco-gérées,
    • Polyester issu de bouteilles plastiques recyclées,
    • Prévoir la deuxième vie du produit dès la conception; pourquoi ne pas envisager le réemploi du néoprène issu des combinaisons usagées dans des applications industrielles qui permettraient d’exploiter les propriétés de ce matériau, pour isoler des chauffe-eau électriques en les entourant d’une chaude enveloppe de néoprène recyclé par exemple ? La collecte et la fabrication de ce deuxième produit ne pourrait elle pas être confiée à l’Economie Sociale et Solidaire ?
  • Une écotaxe directement liée à l’impact environnemental de la fabrication du produit, qui réduit donc l’écart financier entre combinaisons classiques et combinaisons éco-conçues et dont le produit servirait à financer une filière de collecte, recyclage et réemploi des combinaisons usagées.

Mais soyons positifs ! Des consommateurs demandent des produits écoconçus, certaines marques se lancent et proposent une gamme de produits… On se rapproche de l’harmonie parfaite entre le Surfer et Poséidon !

Bibliographie

Article «Le Néoprène », publié par WIKIPEDIA

Article « La Vague Bio », publié par l’Equipe Magazine

Entretiens téléphoniques avec EUROSIMA, NEOCOMBINE et COMBHARD

Sites commerciaux des marques PATAGONIA, VISSLA, SOORUZ et PICTURE CLOTHING

http://www.neocombine.com/

http://combhardsite.wixsite.com/combhard

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Un commentaire pour Comment surfer écoresponsable sans attraper froid!

  1. Jean dit :

    Belle article, je me renseigne sur les néoprène bio mais malheureusement entre le prix et la qualité qui n’est pas optimal d’après pas mal de monde je me pose des questions …

    J’ai lu un article d’une marque Francaise que je suis depuis quelque temps, ils parlent de la durabilité plus que de l’écologie elle même …
    qu’elle est le plus « éco-logique » une combinaisons qui dure 10 ans et qui se verra finir en bracelet etc… ou une combinaison « écologique » mais qu’on rachète au bout de 2 ans et qui oblige de reproduire, extraire etc…

    je vous laisse le lien l’article et cohérent avec les tendances actuelle je trouve :

    https://fr.saintjacques-wetsuits.com/blogs/a-water-man-diary/green-wetsuits

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