Le plastique se meurt, vive le plastique !

Son invention date du XIXème siècle, mais il n’a été produit en masse qu’à partir des années 1950. Présent dans les domaines tels que les emballages, l’automobile, le bâtiment.., le problème ne pèse donc « que » 8,3 milliards de tonnes… dont 6,3 milliards de tonnes à l’état de déchets. Et nul ne sait précisément quelle quantité a fini dans l’océan, ultime poubelle de la planète.

Contexte

Environ 348 millions de tonnes de plastique ont été produits dans le monde en 2017, soit une augmentation de 3,9 % comparé à 2016[1]. Cela en fait la troisième matière la plus fabriquée par l’Homme derrière le ciment et l’acier. Le premier marché des plastiques étant, en 2015, celui des emballages avec 146 millions de tonnes, bien loin devant le bâtiment et travaux publics (65 millions de tonnes) ou encore le textile (59

image-11

Figure 1 : Graphique présentant l’évolution de la production et l’élimination de déchets plastiques

millions de tonnes)[2].  De plus, selon le rythme actuel de production de plastiques dans le monde, il y en aura plus de 25 milliards de tonnes en 2050, soit trois fois plus qu’aujourd’hui : 8,3 milliards de tonnes de plastiques (figure 1). A noter que sur ces 8,3milliards, 6,3 sont devenus des déchets et seulement 9 % ont été recyclés, 12 % incinérés et 79 % accumulés dans des décharges ou dans la nature.

C’est bien ce dernier chiffre qui est éloquent, une majorité des plastiques (79%) deviennent donc des déchets qui finissent aujourd’hui majoritairement dans la nature et constituent des éléments polluants. Pourquoi ? Sans doute en partie parce que leur usage est majoritairement de moins d’un an et que les plastiques ne sont pas biodégradables et donc mettent de nombreuses années pour se décomposer (les matières plastiques mettent plus de 4 siècles à se dégrader[3]).

Ce long délai de décomposition a donc de fortes conséquences sur l’environnement et particulièrement sur les écosystèmes marins. Une équipe de chercheurs américains a

image-21

Figure 2: Illustration de la pollution des océans par les plastiques (source : http://www.up-magazine.info)

publié, en 2015, dans la revue Science, un article estimant à 8 millions de tonnes de plastiques rejetés dans les océans chaque année, soit l’équivalent de cinq sacs de courses de déchets plastiques déversés tous les 30 centimètres sur les littoraux du monde entier[4]. De plus, selon une étude réalisée par la fondation Ellen MacArthur[5], si rien ne change, les océans contiendront plus de déchets plastiques que de poissons d’ici à 2050 (figure 2).

 

image-3-e1530717128937.jpg

Figure 3 : Schéma représentant le 7ème continent

Que deviennent et que sont devenus ces millions de tonnes rejetées dans les océans ? Les plastiques se retrouvent dans des vortex de déchets : en effet, les courants ou gyres océaniques agglomèrent sur de grandes étendues les débris de plastiques flottants. C’est ce que l’on a pu appeler le 7ème continent ou continent de plastique qui se trouve dans chaque gyre océanique (figure 3).

 

 

Cependant il faut savoir qu’aujourd’hui les scientifiques n’ont retrouvé que 1% du plastique qu’ils estimaient dériver sur l’océan[6]. En effet, comme cette matière met de nombreux siècles à se dégrader, elle se désagrège en fragments minuscules, moins visibles, mais sans doute très dommageables pour la faune et la flore aquatique et donc la vie marine. C’est ce que l’on appelle les microplastiques ou même les nanoplastiques qui sont absolument partout, que cela soit dans la banquise en Arctique ou dans l’estomac de créatures minuscules vivant dans les fosses du pacifique, à près de 11 000 m de profondeur[7].

L’Homme, au sommet de la chaîne alimentaire, est donc lui aussi directement affecté. En effet, selon une étude menée à l’université de Gand[8], les Européens consommeraient en moyenne 11 000 microparticules de plastique par an et par personne. Cette étude montre, de plus, que 99 % des microparticules de plastiques que nous ingérons sont absorbés mais 1 % d’entre eux demeurent dans nos tissus et cela pourrait avoir un impact néfaste sur notre santé… Enfin, une étude récente d’Orb Media[9] a montré que l’eau en bouteille de nombreuses grandes marques est également contaminée par des minuscules particules de plastique.

 

Voici donc tout le paradoxe autour de la production du plastique, enjeu majeur du 21ème siècle. Il n’a jamais été autant décrié à cause de son fort impact environnemental, son impact possible sur notre santé et pourtant les chiffres montrent que sa production ne cesse de croître. Il va donc s’agir de comprendre comment peut-on enrayer ce processus en France, et plus particulièrement dans le domaine où les plastiques sont le plus présent, les emballages.

 

Plastique et emballage

Le XXème siècle a marqué le début des emballages plastiques et particulièrement à partir des années 1950 et l’après seconde guerre mondiale. Cette nouvelle matière contient un polymère de base : la résine (issue le plus souvent de la matière première qu’est le pétrole) et est obtenue par polymérisation (réaction chimique où de petites molécules réagissent entre elles pour former des molécules de masses molaires plus élevées). Ainsi, la matière plastique, plus résistante, plus légère et multiforme va rapidement être présente dans tous les domaines et plus particulièrement dans le milieu des emballages (Figure 4) : bouteilles et sac en polyéthylène (PE), barquette alimentaire en polystyrène (PS) ou bouteilles d’eau en polytéréphtalate d’éthylène (PET).

image-4

Figure 4 : Illustration de différents produits à base de plastique (source : http://www.cc-avranchesmontsaintmichel.fr)

Les fabricants de plastiques se sont donc continuellement adaptés et ont évolué pour fournir des emballages toujours plus légers et répondant aux demandes des clients et de la société. Cela explique la croissance continue de la production du plastique. Au niveau des emballages, cela s’est fait parfois au détriment de la recyclabilité (exemple des résines PSE ou du PET opaque qui sont légères mais non ou peu recyclables). De ce fait, ce qui a été fait il y a quelques années pose question aujourd’hui : des emballages non recyclables ont été mis sur le marché sans penser à la fin de vie, donc sans éco-conception. C’est pour cela que l’économie circulaire peut jouer un rôle prépondérant dans la problématique du plastique.

 

image-5

Figure 5: Illustration du lien entre économie circulaire et plastique (source : Fédération européenne des eaux embouteillées)

Economie circulaire et emballage plastique

Selon l’ADEME, l’économie circulaire est un «  système économique d’échange et de production qui, à tous les stades du cycle de vie des produits, vise à augmenter l’efficacité de l’utilisation des ressources et à diminuer l’impact sur l’environnement ». De ce fait, si on fait le rapprochement avec les emballages plastiques, on peut voir que l’économie circulaire peut facilement tenter de répondre à la problématique du plastique (figure 5) :

  • Production (éco-conception) : moins de toxicité, plus de durabilité, meilleur impact environnemental (ACV) et meilleure recyclabilité (emballage qui peut être traité dans une usine de recyclage)
  • Consommation : sensibiliser et encourager une consommation responsable
  • Gestion de l’emballage comme « déchet » ou dans sa seconde vie (nouvelle ressource) : permettre à tous de trier, de collecter afin de recycler (donc développer et moderniser les filières et usines de recyclage)
  • Utilisation d’emballages issues du recyclage dans la conception de nouveaux emballages : exemple du Bottle to Bottle développé par Veolia en Allemagne (bouteille d’eau PET va être recyclée puis réinjectée dans une nouvelle bouteille d’eau contenant du PET recyclé : RPET)

 

Eco-conception et recyclage des emballages plastiques

Si tous les déchets plastiques étaient recyclés, on peut se dire qu’il y aurait beaucoup moins de déchets dans la nature. Où en est la France aujourd’hui ?

La volonté du gouvernement français est d’atteindre 100 % de recyclage des plastiques d’ici 2025. L’objectif est très ambitieux car, en effet, la France affiche, en 2017, des performances très faibles en matière de recyclage des déchets plastiques avec un taux de 22,2 % environ, soit l’avant dernier de l’Union Européenne[10]. Pour comparer, l’Allemagne et la Norvège ont des taux de recyclage du plastique à 40 %.

Au niveau des emballages, selon CITEO,[11] le gisement était de 4,8 millions de tonnes en 2016 dont 1,1 million de tonnes de plastiques. Le taux de recyclage global des emballages en plastique, quand à lui, était de 24 % (56 % pour les bouteilles et flacons et 3 % pour les autres emballages en plastique). Pourquoi ce taux est si bas ? Deux éléments de réponses sont que les emballages en plastique mis sur le marché ne sont pas tous recyclables et d’autre part tous les français ne peuvent pas trier et donc « mettre dans la poubelle jaune les emballages plastiques » et CITEO travaille sur ces deux points.

En effet, l’éco-organisme finance d’une part des projets avec les fabricants d’emballages pour trouver des nouveaux procédés et débouchés pour le recyclage, pour améliorer la recyclabilité des emballages en plastiques et donc faire de l’éco-conception : les emballages complexes avec différentes couches de résines ne sont pas recyclables donc il faut un passage à des emballages plus simples, en monorésine, et donc recyclables.

D’autre part, tous les français ne peuvent aujourd’hui pas trier donc « mettre dans la poubelle jaune » tous leurs déchets, emballages plastiques. CITEO travaille sur ce point-là avec l’extension des consignes de tri partout en France, en 2022, pour que 100 % des français puissent trier. Cela permettrait de doubler les tonnages de plastique recyclés d’ici 2022. Cette extension des consignes de tri sera accompagnée d’une modernisation des centres de tri pour permettre de capter de plus gros gisements et pour permettre de mieux trier afin d’avoir des flux bien distincts permettant le recyclage des différentes résines plastiques.

 

Boucler la boucle

            Ce meilleur tri et ces plus gros gisements permettraient au final de réutiliser la matière issue du recyclage dans la conception de nouveaux emballages. En effet, cela consisterait à ne pas perdre la matière et à fermer la boucle de l’économie circulaire (dans le cas des emballages). Le gouvernement français appuie cela en demandant dans sa feuille de route économie circulaire un engagement volontaire de la part des industriels à l’utilisation de matières plastiques recyclées dans la conception de ses produits. Le double avantage est que, plutôt que de finir dans la nature, la matière serait réutilisée et diminuerait notre dépendance au pétrole. Cela entraînerait dans le cas du Bottle to Bottle de Veolia (Figure 6) une économie de 70 % de CO2.

image-6

Figure 6 : Principe du Bottle to Bottle

 

Limites du système circulaire

            Cependant deux limites potentielles existent à ce système. Tout d’abord, pour la première, prenons l’exemple du PET (bouteille d’eau) : cette résine ne peut pas être recyclée plus de trois fois sans perdre ses qualités, c’est-à-dire qu’on ne peut pas faire plus de trois boucles avec le système économie circulaire car la matière se dégrade. Néanmoins des solutions existent à ce problème et deux sociétés proposeront d’ici quelques années un recyclage à l’infini des plastiques : Carbios et LOOP Industries.

            Carbios est une société française ayant une technologie de biorecyclage à l’infini du PET avec un enzyme spécifique. Carbios parle même de CEPET (Circular Economy PET), la différence entre le RPET (PET recyclé) et le CEPET est que le RPET est produit avec un recyclage mécanique mais il y a une perte de valeur car le PET va se dégrader et donc c’est pour cela qu’on ne peut pas le recycler plus de trois fois. Le CEPET, quant à lui, est produit grâce à un biorecyclage car les enzymes ne vont dégrader que le PET pour refaire des nouveaux polymères donc on garde la valeur et on peut le biorecycler à l’infini.

Le procédé est visible à la figure 7 :

image-7

Figure 7 : Procédé développé par Carbios

LOOP Industries, société canadienne, effectue un recyclage chimique et non biologique comme Carbios. Ils ont développé une technologie leur permettant de décomposer les déchets plastiques en PET en ses monomères : acide téréphtalique purifié (PTA) et mono éthylène glycol (MEG). Ensuite, les monomères sont purifiés et sont repolymérisés en plastique PET de marque LOOP.

Le procédé est visible à la figure 8 :

image-8

Figure 8 : Procédé développé par LOOP Industries (source : LOOP Industries)

            La deuxième limite est qu’aujourd’hui la matière recyclée (issue du recyclage) donc le RPET par exemple est une ressource limitée. Cela s’explique par le fait que son utilisation dans les emballages est un sujet complexe et soumis à différentes contraintes réglementaires dont la traçabilité. En effet, il faut assurer une traçabilité ascendante et descendante des emballages ainsi que l’engagement que des analyses correspondantes aux potentielles migrations des composants de la matière dans le produit ont été effectuées pour éviter tout risque sanitaire. De ce fait, cela demande de nombreux investissements et il n’y a que deux recycleurs qui proposent du RPET aujourd’hui en France : Plastipak et PAPREC. Certains grands groupes se sont ainsi associés à ces recycleurs afin de produire du RPET : Coca-Cola et Plastipak ont créé le site INFINEO qui produit des bouteilles contenant du PET recyclé à partir de bouteilles d’eau PET récupérées auprès des centres de tri.

 

L’exemple d’un système vertueux : Evian

Le système le plus vertueux est sans doute celui développé par le groupe Danone avec Evian pour surmonter ces deux limites. Ils ont pour objectif d’ici 2025 que 100 % des bouteilles d’eau qu’ils mettent sur le marché soient recyclés et qu’elles contiennent 100 % de RPET.

Leur stratégie pour avoir de la matière et donc du RPET a été de s’associer à CITEO et Lemon Tri pour organiser sur les points de vente un système de collecte des bouteilles d’eau, l’objectif étant d’en récupérer 35 000 000 millions en 2018, leur assurant ainsi un flux important et donc un gros volume de RPET (une fois recyclé dans les usines de recyclage). De plus, ils se sont associés à LOOP Industries pour pouvoir utiliser cette matière à l’infini puisque cette société, tout comme Carbios, a développé un système de recyclage à l’infini des plastiques.

 

Même si les procédés développés par Carbios et LOOP Industries sont totalement d’actualités car ils permettraient un recyclage et une réutilisation à l’infini du plastique pour qu’il y ait moins de déchets qui finissent dans la nature, il ne faut pas oublier que le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. De ce fait, tous les acteurs doivent être sensibilisés au sujet de la pollution plastique : industriels en réduisant les emballages (suremballage) et en mettant sur le marché des emballages recycables mais aussi les consommateurs en ayant une consommation responsable. En effet, ce sont eux qui ont le plus grand rôle à jouer, par exemple en achetant des produits plus respectueux de l’environnement, en dénonçant le suremballage (Plastic Attack) et en triant leurs emballages ménagers pour qu’ils soient bien recyclés et qu’ils rentrent dans la boucle de l’économie circulaire.

 


Sources :

[1] Plastics Europe, la fédération des industriels du secteur plastique.

[2] GEYER R., JAMBECK R. J., LAVENDER LAW K., 2017. Production, use, and fate of all plastics ever made. Science Advances, Volume 3, Numéro 7

[3] National Geographic, Apocalypse plastique, Juin 2018.

[4] JAMBECK R. J., GEYER R. et al, 2015. Plastic waste inputs from land into the ocean. Science, Volume 347

[5] Fondation Ellen Mac Arthur, 2016. Pour une nouvelle économie des plastiques. Disponible sur : https://www.ellenmacarthurfoundation.org/assets/downloads/publications/NPEC-Hybrid_French_22-11-17_Digital.pdf

[6] National Geographic, Apocalypse plastique, Juin 2018.

[7] National Geographic, Apocalypse plastique, Juin 2018.

[8] VAN CAUWENBERGUE L., JANSSEN C., 2014. Microplastics in bivalves cultured for human consumption. Environmental Pollution, Numéro 193, Page 65-70.

[9] ORB MEDIA, 2018. New Orb Media Reporting Finds Microplastics in Global Bottled Water.

[10] Plastics Europe, la fédération des industriels du secteur plastique.

[11] CITEO, 2018. Recyclabilité des emballages en plastique

 

 

Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s