Objectif Zéro déchet au bureau : mythe ou réalité ?

Un salarié en France génère en moyenne 130kg de déchet par an

A la maison, conscients de l’impact de vos déchets, vous faites un tri sélectif, vous compostez, vous donnez régulièrement vos vêtements et objets non utilisés à des associations.

Le paradoxe c’est qu’au travail, à 9 Km de chez vous, dans votre bureau, vous n’avez qu’une seule corbeille. Ici, aucun tri sélectif. Pour le p’tit café du matin, votre distributeur vous offre systématiquement un gobelet, une touillette, sans aucune alternative.

Pendant la pause déjeuner, vous prenez un menu à emporter et à la fin de votre repas 30 minutes plus tard, vous jetez un sac rempli d’emballages (barquettes et couverts en plastique, serviette, dosette de vinaigrette etc).

En France, un salarié de bureau produit en moyenne 130Kg de déchets par an et moins de 1/3 est recyclé[1]. Y a-t-il des citoyens qui s’engagent pour réduire les déchets ? Seul ou avec des collègues, quelles sont les alternatives pour changer de paradigme ? Qu’est ce que le Zéro déchet au bureau ? Comment mettre en place une démarche Zéro déchet dans  l’entreprise?

Pour répondre à ces questions, en route vers le monde du Zéro déchet au bureau

Le mouvement citoyen « Zéro déchet » en France

Le mouvement du « Zéro déchet » est né il y a un peu plus de 10 ans aux Etats-Unis, par des citoyens qui ont pris conscience des quantités astronomiques de déchets produites chaque jour et des lourdes conséquences sur les ressources de la planète[2].

Le mouvement du Zéro déchet est avant tout une philosophie de vie dont l’objectif est de minimiser son impact sur l’environnement. Concrètement, il s’agit d’adapter sa consommation à ses besoins réels, d’éliminer au maximum les emballages inutiles, voire de supprimer tout ce qui génère un impact carbone (déplacements, alimentation…)

Le pouvoir d’achat se transforme en pouvoir d’action. Pour adopter cette nouvelle manière de consommer, le principe des 5R (Fig.1) est souvent cité comme un moyen d’y parvenir. Cette méthode consiste à :

  1. Refuser : refuser les prospectus, les emballages, les couverts en plastique jetable etc. Avoir une démarche proactive.
  2. Réduire : dimensionner ses achats par rapport à ses besoins, acheter de meilleure qualité
  3. Réutiliser : trouver un nouvel usage pour un bien, détourner son utilisation pour lui donner une seconde vie
  4. Recycler : trier ses déchets pour permettre une valorisation matière ou énergétique
  5. Rendre à la terre : favoriser le compostage des déchets organiques qui constituent 1/3 des déchets ménagers plutôt que la mise en décharge ou l’incinération

En France, ce mouvement a connu son véritable essor auprès du grand public grâce notamment aux évènements suivants :

  • le film documentaire « No Impact Man sortie» en 2009, tiré du livre de Colin Beavan[3]. L’histoire d’un jeune homme new-yorkais qui prend conscience de son impact sur l’environnement et décide avec sa famille de changer leur mode de consommation pendant un an pour ne produire aucun déchet et réduire à minima leur impact C02. Suivront d’autres documentaires sur l’impact de nos déchets sur l’environnement tels que les reportages « Trashed »[4]de Candida Bradi et « Super trash »[5] de Martin Esposito.
  • Le livre « Zero Waste Home [6]» publié en 2013 par Bea Johnson, cette jeune française qui est aujourd’hui une figure emblématique du mode de vie Zéro déchet en France. En 2010, elle se lance le défi de ne produire aucun déchet avec son mari et ses 2 enfants pendant une année. Elle partagera son expérience et ses conseils dans cet ouvrage qui sera un best seller mondial. Aujourd’hui, elle propose des conférences un peu partout dans le monde pour essaimer son mode de vie Zéro déchet. Plus de 130 000 personnes la suivent sur le réseau social Facebook en France[7]
  • La bande dessinée « une famille (Presque) Zéro déchet – Zeguide[8]» éditée en 2016, par Bénédicte Moret et Jérémie Pichon. Ce couple avec leurs 2 enfants partage conseils, trucs et astuces pour vivre en mode Zéro déchet avec humour.
  • L’association Zero Waste France, créée en 1997 sous le nom de la CNIID (Centre National d’Information Indépendante sur les Déchets) est une organisation citoyenne et indépendante qui informe et qui milite pour une démarche zéro déchet, zéro gaspillage auprès de tous les publics (citoyens, élus, professionnels, entreprises). L’association est à l’origine des initiatives suivantes :
  • En 2014, la publication d’un ouvrage intitulé   Le « scénario Zero Waste [9]»  puis en 2017 « scénario Zero Waste 2.0 [10]» pour comprendre l’impact des déchets et les solutions possibles à l’échelle d’une ville (telle que San Francisco qui recycle 80% de ses déchets et vise 100% en 2020).
  • En juillet 2017, la création d’une maison du Zéro déchet à Paris. Le premier lien en France qui propose des ateliers, de la vente d’objet, des conférences pour encourager le mode de vie Zéro déchet, tant pour les initiés que pour les novices.
  • En juin 2018, l’organisation du premier festival Zéro déchet à Paris sur trois jours regroupant plus de 5 000 participants pour des ateliers, des rencontres et des conférences sur ces thématiques

Les modes de distribution évoluent également avec la croissance rapide des épiceries indépendantes de vente en Vrac qui sont passées de 18 à 160 épiceries entre 2015 et 2018[11]. Consciente de cette nouvelle tendance, la grande distribution spécialisée dans les produits alimentaires (Carrefour, Leclerc…) propose de plus en plus de produits en vrac dans ses rayons.

  • Enfin dans de nombreuses  villes de France, par le biais des réseaux sociaux, se créent des groupes locaux de citoyens « zéro déchet » qui partagent leurs expériences.

Qu’en est-il du Zéro déchet au bureau ?

Malgré de nombreux citoyens qui s’engagent dans un mode de vie Zéro déchet à titre privé, les initiatives dans les entreprises restent beaucoup plus limitées.

Preuve en est, lors de la dernière Semaine Européenne de Réduction des Déchets (SERD), sur 5 125 actions réalisées en France, moins de 1/3 ont été réalisées par des entreprises[12].

Et même si un nombre croissant d’entreprises mettent en place une démarche RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises), le volet déchet se cantonne le plus souvent uniquement à la notion de recyclage au détriment des actions de réduction et de réemploi.

Quels sont les déchets de bureau ?

En France, 13 millions de français travaillent dans des bureaux (secteur tertiaire).Et un salarié de bureau produit en moyenne entre 120kg et 140kg de déchets par an.  A lui seul, le papier représente les deux tiers des déchets de bureau et moins de 35% est recyclé;  Pour un coût moyen estimé entre 150 et 250€ par salarié et par an[13].

En dehors de ces chiffres, il existe relativement peu d’autres données sur les déchets de bureau en France. Cela tient principalement à la complexité du système de collectes des déchets des entreprises. En effet, suivant la taille de l’entreprise (Petites entreprises ou grands groupes), son volume de déchets, sa localisation (urbaine, rurale ou sur un parc d’activités d’entreprises) et la politique de gestion des déchets de la ville, les déchets des entreprises ne sont pas traités de la même manière. En effet, ils peuvent être considérés dans deux catégories distinctes. 

  • DMA (Déchets Ménagers et Assimilés) : ce sont les déchets ménagers des particuliers incluant les déchets « Assimilés » de certaines activités professionnelles. Les déchets dit « Assimilés » sont « des déchets courants des petits commerçants, des artisans, des entreprises de service qui sont présentés sur le trottoir dans les mêmes récipients que les ordures ménagères et qu’il est souvent impossible de distinguer, lors de la collecte, des déchets ménagers »[14].
  • DAE (Déchets Activités Economiques) : ce sont les déchets qui ne sont pas dans la catégorie des déchets ménagers notamment ceux des entreprises industrielles, des services tertiaires, du BTP, des services publics, des professionnels de la santé. Ces déchets peuvent être dangereux ou non dangereux et sont majoritairement gérés par des opérateurs privés mandatés par l’entreprise. En revanche, lors de la collecte dans l’entreprise, aucune distinction n’est faite sur l’origine des déchets (bureau, industriel…).

Par conséquent, il est difficile d’avoir des données précises sur les déchets provenant du bureau autre que ceux sur le papier. Cependant, il est possible de lister les typologies de déchets de bureau et d’avoir des données de production au niveau national (concernant les particuliers, les professionnels et les collectivités). Les bouteilles plastiques : elles représentent en moyenne 96 bouteilles plastiques par habitant et par an en France (soit 6.3 millions de bouteilles par an) et  moins de 25% est recyclé du fait de la complexité des mélanges de polymères[15]

Les gobelets plastiques : ce sont plus de 40 gobelets par personnes et par an (soit 2.2 milliards de gobelet) et moins de 3% sont recyclés[16]

Les canettes en aluminium/acier : elles représentent une consommation de 4.7 milliards par an et seulement 57% sont recyclés à ce jour[17]

Les mégots de cigarettes : ils sont estimés à plus de 30 milliards de mégots jetés par an, sachant qu’ils contiennent plus de 2 000 substances chimiques. Un seul mégot suffit à rendre impropre à la consommation 500L d’eau[18]

Les piles et les accumulateurs : en 2016, environ 1.3 milliards d’unités ont été vendues en France. Le taux de recyclage moyen est de 30%[19]

Les cartouches d’encre pour imprimantes: plus de 75 millions de cartouches ont été vendues en France et seulement 24% étaient recyclées en 2017[20]

Les déchets organiques (provenant de la restauration collective du midi et des déchets verts des entreprises) : en 2009, ils représentaient plus de 9 millions de tonnes par an[21]

Le mobilier professionnel  : il représente plus de 100 000 tonnes de matériels par an dont les entreprises ne veulent plus[22]

Auquel il faut ajouter le matériel informatique, les fournitures de bureau et les emballages plastiques du déjeuner des salariés, ce qui représente des milliers de tonnes supplémentaires de matières gaspillées.

Tous ces déchets ont un impact majeur sur l’environnement (le changement climatique, l’épuisement des ressources, l’eutrophisation, l’acidification des océans et la biodiversité) et les êtres vivants. Aujourd’hui, les conséquences les plus visibles sont probablement la déforestation en Amazonie (fig.2) [23]mais également le vortex du pacifique nord (fig. 3)[24] qui flotte en plein milieu de l’océan et forme véritablement un continent.

Cependant des évolutions sont possibles grâce à des salariés de plus en plus enclins à agir et une règlementation plus ferme pour réduire et mieux valoriser les déchets.

Des salariés motivés pour agir !

D’après une étude de l’Ademe, en 2016, «98% des salariés se disent favorables aux actions de prévention des déchets sur leur lieu de travail [25] »

Quant à l’étude réalisée par Riposte Verte[26] en 2017, elle précise que  « 83% des collaborateurs pensent que la gestion des déchet n’est pas optimale dans leur bureau » et « 96% se disent prêt à changer certaines procédures de travail pour améliorer le tri ».

Ces études démontrent la volonté des salariés pour réduire et mieux valoriser les déchets de leurs entreprises.

Une règlementation favorable à la réduction et au recyclage des déchets en entreprise

Trois textes contraignent de plus en plus les entreprises à prendre en charge la gestion de leurs déchets : la Loi de Transition Ecologique pour la Croissance Verte, le décret tri dit « 5 flux » et l’article L225-102-1 du code de commerce sur le reporting déchet des entreprises.

1/ La Loi de Transition Ecologique pour la Croissance Verte (LTECV)

Voté en aout 2015, ce texte ambitionne de réduire de moitié les déchets en déchetterie notamment grâce à la prévention, au réemploi, à la valorisation matière et la valorisation énergétique pour les matières non valorisables. Les objectifs de la LTECV sont de :

  • Recycler 55% des déchets (hors inertes et dangereux)
  • Réduire de 10% de la production des DMA (déchets ménagers et Assimilés)
  • Valoriser 70% des déchets du BTP

Il faut noter que la LTECV interdira la vente et la distribution des gobelets, verres et assiettes en plastique à partir du 1er janvier 2020 (les modalités d’application ont été précisées dans le décret du 30 août 2016)[27].

2/ Le décret tri dit « 5 flux »[28]

Dans le prolongement de la loi sur la transition écologique, le décret 5 flux du 10 mars 2016 rend obligatoire le tri des déchets des entreprises et des collectivités qui regroupent plus de 20 salariés sur un site. Cette nouvelle règlementation impose le tri et la valorisation des 5 principaux déchets que sont le papier/carton, le plastique, le métal, le verre et le bois. Concernant les déchets organiques, tous les producteurs de plus de 10 tonnes de biodéchets par an (ex : restaurants d’entreprise) ont l’obligation de les trier pour en assurer la valorisation. L’Ademe estime que ce seuil est atteint lorsque plus de 340 repas sont servis par jour. En revanche, ce décret ne pose aucune sanction pour le non respect de ces règles. L’objectif du législateur est de responsabiliser ces organisations pour qu’elles recyclent plus et mieux leurs déchets.

3/ Obligation de reporting sur les déchets pour les grandes entreprises

La loi impose aux grandes entreprises d’accompagner leur rapport de gestion d’une déclaration de performance extra-financière[29]. Ces sociétés doivent préciser leurs actions en matière de prévention et de gestion des déchets, d’utilisation durable des ressources. De plus, dans un nombre croissant d’appels d’offres (notamment publics), des critères de performance environnementale sont exigés et pris en compte.

Comment mettre en place une démarche Zéro Déchet au bureau ?

Atteindre le « Zéro déchet au bureau » est avant tout un état d’esprit, une philosophie qui vise en priorité à réduire drastiquement, réutiliser et réparer abondamment, composter systématiquement et recycler l’incompressible.

La démarche du Zéro déchet au bureau est très graduelle et peut aller d’une seule action (par exemple le tri sélectif) à de nombreuses actions. L’amplitude de la démarche est corrélée aux facteurs suivants :

  • La volonté du dirigeant d’agir sur ce projet en y consacrant du temps et du budget
  • La motivation des salariés pour changer leurs habitudes
  • Le niveau d’avancement de l’entreprise sur sa gestion des déchets
  • Des acteurs qui pilotent le projet : les services généraux, un groupe de salariés sensibles à la réduction des déchets, des cabinets externes spécialisés sur les déchets…

Cependant, les clés de réussite de la démarche Zéro déchet au bureau passent nécessairement par les étapes suivantes (tableau 1) :

Des exemples concrets d’actions [30]:

  • Imprimer raisonnablement

Configurer les ordinateurs pour des impressions (recto/verso et noir/blanc), réduire le nombre d’imprimantes par espace et le nombre d’impression, installer des bacs à brouillon, collecter le papier à jeter pour le recycler, acheter du papier recyclé…

  • Réduire sa consommation de fourniture

Utiliser des cartouches d’encre réutilisables pour les imprimantes, privilégier les stylos avec recharges, limiter la surconsommation en sensibilisant les équipes, acheter du matériel de meilleure qualité et certifié par un Eco-label…

  • Privilégier le matériel réutilisable pour la pause café / déjeuner

Instaurer l’usage des tasses réutilisables (mugs), supprimer les distributeurs de gobelets jetables des fontaines à eau et des machines à café, équiper l’espace cuisine de couverts lavables, consommer du café équitable…

  • Organiser des séminaires / évènements zéro déchet

Utiliser de la vaisselle réutilisable, ne plus distribuer d’objets publicitaires pour les clients, supprimer les touillettes et les dosettes, privilégier les traiteurs « zéro plastique », privilégier les achats locaux et de saison…

  • Valoriser les biodéchets

Installer un lombricomposteur dans l’espace cuisine / ou un composteur collectif extérieur / ou faire récupérer vos biodéchets par une structure spécialisée, donner aux salariés le compost mûr ou l’utiliser pour les espaces verts de l’entreprise…

  • Supprimer les mégots de cigarettes au sol

Mettre en place des cendriers à proximité des espaces fumeurs, afficher une signalétique humoristique pour inciter à jeter les mégots dans des cendriers dédiés…

  • Privilégier l’occasion et le réemploi

Proposer aux salariés ou à une Ressourcerie le mobilier de bureau qui n’est plus utilisé, recycler les meubles professionnels avec l’éco-organisme Valdélia[ (cf. : les filières REP) , privilégier  les achats d’occasion inter-entreprises via des sites spécialisés…

  • Améliorer la durée de vie du matériel

Faire réparer votre matériel en panne, former les salariés à une bonne utilisation du matériel pour allonger sa durée de vie, acheter un matériel de meilleure qualité…

  • Choisir le bon prestataire de nettoyage

Instaurer de bonnes pratiques de recyclage, élaborer un cahier des charges précis pour respecter la démarche Zéro déchet, proposer un suivi des quantités de déchets…

  • Optimiser le système de tri sélectif

Comprendre et communiquer sur le système de recyclage de la ville, positionner les contenants de recyclage dans des espaces visibles, afficher une signalétique sur l’usage des contenants, sensibiliser le personnel d’entretien sur la bonne gestion des déchets recyclés…

  • Lancer des défis Zéro déchet

Lancer des défis « Zéro déchet le midi » pour réduire l’usage du plastique, « Ressourcerie éphémère » pour récupérer des matériels non utilisés et les redonner à des associations locales (lunettes, téléphones, textiles, vélos…), participer à une semaine de sensibilisation lors de la SERD ou de la Semaine Européenne du développement durable…

Cette liste d’actions n’est pas exhaustive et dépend du contexte de l’entreprise. Elle dépend aussi des acteurs qui initient cette démarche au sein de la structure.

Le principe de Responsabilité Elargie des Producteurs (REP)[31] :

Le principe de la Responsabilité Elargie du Producteur existe dans la loi depuis 1975[32] et précise que tous les fabricants, distributeurs pour les produits de leurs propres marques, importateurs qui mettent sur le marché des produits générant des déchets, doivent prendre en charge, notamment financièrement, la gestion de ces déchets. Les metteurs de produits sur le marché ont leur responsabilité élargie, non pas seulement aux produits mis sur le marché, mais à toutes les phases de leur cycle de vie, dont celui de leur gestion comme déchets (soit en fin de vie).

Les objectifs de la REP sont de :

  • Economiser les ressources en particulier en développant le recyclage
  • Décharger les collectivités territoriales de tout ou partie des coûts de gestion des déchets et donc de transférer le financement du contribuable vers le consommateur
  • Intégrer dans le prix de vente le coût de gestion de ce produit une fois usagé afin d’inciter les fabricants à s’engager dans une démarche d’éco-conception

Le fonctionnement des éco-organismes :

Les producteurs ont généralement la possibilité de mettre en place des structures collectives (éco-organismes) ou un système individuel.

Ils passent généralement par la solution collective en se regroupant pour constituer une structure à but non lucratif (éco-organisme), à laquelle ils versent une éco-contribution (cotisation financière).

Les contributions versées aux éco-organismes varient en fonction de critères environnementaux incitant les fabriquant à l’éco-conception des produits, pour encourager la fabrication de produits triables, recyclables ou qui intègrent des matières premières de recyclage.

Actuellement il existe en France une vingtaine de filières REP.

Le tableau 2 ci-dessous présente la liste des filières REP et des éco-organismes qui gèrent notamment les déchets de bureau.

Quels sont les acteurs qui peuvent accompagner les entreprises vers le Zéro déchet au bureau ?

Il est possible d’identifier deux catégories d’acteurs :

  1. Des salariés de l’entreprise
    1. Un salarié décide par conviction personnelle de proposer à ses collègues une ou plusieurs actions Zéro déchet au bureau telles que : mettre à disposition des collecteurs de piles dans la salle de pause pour les faire recycler ou encore collecter des jouets auprès de ses collègues pour les redonner à une association caritative.
  • Un groupe de salariés propose à sa direction de créer un comité de pilotage pour lancer une démarche Zéro déchet en y incluant les services généraux et les services du nettoyage. Ce groupe de salariés pourra s’inspirer du guide de l’Ademe ou de l’association Zero waste France[34] pour déterminer son plan d’action Zéro déchet au bureau.
  • Le responsable des services généraux décide de mettre en place des outils et des processus pour améliorer la gestion des déchets. Ces actions sont souvent initiées dans un souci de respect de la règlementation, d’un gain économique ou pour optimiser l’espace. Il s’appuie en général sur des prestataires externes.
  • Des prestataires externes
    • Cabinet étude spécialisé dans les diagnostics déchets

De nombreuses Chambres de Commerces et d’Industries proposent un pré-diagnostic déchets afin d’évaluer les principaux axes d’amélioration puis un conseiller peut aider l’entreprise à la mise en place des solutions.

  • Prestataire de solutions Zéro déchet au bureau clé en main

OASIS Environnement est une association unique en France qui accompagne les entreprises dans une démarche Zéro déchet au bureau en mobilisant les salariés et les acteurs de l’Economie Sociale et Solidaire. Après un diagnostic déchet, l’association propose aux salariés des business games et des défis pour réduire et mieux valoriser les déchets.

  • Prestataires de collectes multi-déchets

De nombreuses structures proposent des solutions de collecte multi-déchets en entreprise avec une garantie de traçabilité pour le recyclage. Il peut s’agir de grands groupes tels que Véolia ou Suez mais également de plus petites organisations qui y associent des emplois d’insertions ou des personnes en situation de handicap telles que les entreprises Elise, I love your waste etc.

La Figure 4 permet de comparer ces différents acteurs en fonction de 5 critères :

  • L’impact environnemental : l’impact sur les ressources et le changement climatique
  • L’impact social : les actions engagées permettent le développement de l’ESS
  • Le budget : le coût moyen pour réaliser les actions
  • La rapidité de mise en place : délai moyen pour mettre en place les actions
  • L’adhésion des équipes : renforcement du lien social entre les salariés

A noter que le responsable des Services généraux de l’entreprise n’est pas indiqué dans le graphique ci-dessous car il fait souvent appel à un prestataire externe pour répondre à ses besoins .

Notation basée sur une entreprise modèle composée de 500 salariés

Les bénéfices du Zéro déchet au bureau

En s’engageant dans une démarche Zéro déchet au bureau, l’entreprise :

  • réalise des économies directes et indirectes sur la gestion de ses déchets,
    • respecte les règlementations en vigueur voire les anticipe
    • préserve les ressources de la planète et réduit son impact sur le changement climatique

De plus, les actions mises en place peuvent parfois :

  • Renforcer le lien social entre les salariés et créer un véritable sentiment d’appartenance à des valeurs communes
    • Développer l’emploi social sur le territoire (en s’appuyant sur des organisations qui emploient des personnes en insertion)
    • Promouvoir son image d’entreprise éco-responsable auprès de ses clients
    • Encourager les salariés à réduire leurs déchets à leur domicile

En conclusion

En France, les entreprises du secteur tertiaire produisent près de 1.6 million de tonnes de déchets par an[35]. Ces déchets sont une conséquence directe de notre mode de consommation basé sur une économie linéaire (extraire, produire, consommer, jeter).

Pourtant, il est à la portée de toutes les entreprises, quelque soit leur niveau d’avancement sur la gestion des déchets et de tousses salariés, quelles que soient leurs fonctions de s’engager dans une plus grande réduction et une plus grande valorisation des déchets de bureau.

Pour réussir cette démarche, il est primordial d’impliquer le maximum de salariés, de lancer des actions simples et impactantes, de communiquer sur ses réussites et de s’engager sur du long terme.  Initier une démarche Zéro déchet au bureau amène rapidement à changer son mode de consommation en y intégrant des notions plus larges que sont les achats responsables, les produits éco-conçus, la durée de vie d’un produit… et finalement à participer à une économie circulaire plus respectueuse des ressources de la planète et des êtres vivants.

Alors…Et si lundi prochain, pendant la pause vous alliez offrir un café à votre collègue qui met à disposition des collecteurs de piles et que vous lui proposiez de participer à de nouvelles actions ?

Et si lundi prochain, vous proposiez à vos collègues de chercher des solutions pour diminuer et recycler les mégots de cigarettes devant l’entrée de votre entreprise ?

Et si lundi prochain, vous discutiez avec votre collègue des services généraux sur la possibilité de mettre une option « avec ou sans gobelet »pour le distributeur de boissons ?

Sans chercher à révolutionner votre entreprise, lancer une démarche Zéro déchet au bureau consiste à en parler avec vos collègues, à partager des expériences et finalement à s’engager dans une belle aventure avec eux.

Réduire collectivement les déchets au bureau, c’est agir pleinement pour la transition écologique.


[1]ADEME -Eco-responsable au bureau –déc. 2017 – 25 p.

[2]Réseau Action climat France –Des gaz à effet de serre dans ma poubelle –2010 – 14 p.

[3]Colin Beaven – No impact man – Fleuve éditions – 2010 – 276 p.

[4]Candida Brady – Trashed  [documentaire] – Angleterre – déc. 2012

[5]Martin Esposito – Super Trashed – [documentaire] – France – oct. 2013

[6]Bea Johnson –Zerowaste home – seminar home – avril 2013 – 218 p.

[7]Bea Johnson – réseau Facebook Zerowastehome [en ligne] – Disponible sur : <https://www.facebook.com/ZeroWasteHome/> (consulté le 7/01/19)

[8]Pichon &Moret – Famille presque zéro déchet : ZE guide – Thierry Souccar/Mercues – 2016 – 160 p.

[9]Zéro waste France – Scénario Zéro Waste – rue échiquier – jan. 2014 – 67 p.

[10]Zéro waste France – Scénario Zéro Waste2.0 – rue échiquier – avril 2017 – 96 p.

[11] France info – le boom de la vente en vrac [en ligne] – Disponible sur : <https://www.francetvinfo.fr/sante/alimentation/alimentation-le-boom-de-la-vente-en-vrac_2691250.html> (consulté le 7/01/2019)

[12] ADEME – Bilan SERD 2017 – édition février 2018 – 14 p.

[13]ADEME – Eco-citoyen au bureau – édition déc. 2012 – 31 p.

[14]Circulaire du 28 avril 1998 relative à la mise en œuvre et l’évolution de plans départementaux d’élimination des déchets ménagers et assimilés [en ligne] – Disponible sur : <https://aida.ineris.fr/consultation_document/8013> (consulté le 07/01/19)

[15]Estimations réalisées à l’occasion de l’étude commandée par Seas at Risk au cabinet Eunomia, intitulée : SINGLE-USE PLASTICS AND THE MARINE ENVIRONMENT, Leverage points for reducing, single-use plastics, Seas At Risk, juin 2017-218 p.

[16]Estimations réalisées à l’occasion de l’étude commandée par Seas at Risk au cabinet Eunomia, intitulée – SINGLE-USE PLASTICS AND THE MARINE ENVIRONMENT, Leverage points for reducing, single-use plastics, Seas At Risk, juin 2017-218 p.

[17] Elise–recyclage des canettes  [en ligne] – Disponible sur : <https://www.elise.com.fr/les-dechets-recycles/recyclage-canettes.html>  (consulté le 07/01/19)

[18]Association Surfrider[en ligne] – Disponible sur : <https://www.surfrider.eu/missions-environnement-education/proteger-oceans-mers-pollution/dechets-aquatiques/dechet-megot/>&nbsp; (consulté le 07/01/19)

[19]Ademe – rapport 2016 piles et accumulateurs [en ligne] – Disponible sur : <https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/registre_pa_synthese_2016.pdf ajouter la date de consultation> (consulté le 07/01/18)

[20]Ministère de l’écologie – recyclage des cartouches d’encre usagées [en ligne]  – Disponible sur : <https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/trois-eco-organismes-charges-collecte-et-du-recyclage-des-cartouches-dencre-usagees> (consulté le 07/01/19)

[21]https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/fiche-technique-gerer-dechets-organiques-sur-territoire-201608.pdf

[22]Valdélia – Rapport annuel 2016 – le recyclage au service des professionnels [en ligne] – Disponible sur : https://fr.calameo.com/read/005213246791abb661590(consulté le 07/01/19)

[23]Yohan Blavignat –  Grand angle du Figaro magazine  – Déforestation : anatomie d’un désastre annoncé [en ligne] – disponible sur <http://grand-angle.lefigaro.fr/deforestation-anatomie-desastre-environnement-enquete> (consulté le 07/01/19)

[24]National geographic – le « vortex de déchets du pacifique nord » ferait 3 fois la taille de la France  [en ligne] – disponible sur <https://www.nationalgeographic.fr/environnement/le-vortex-de-dechets-du-pacifique-nord-ferait-trois-fois-la-taille-de-la-france > (consulté le07/01/19)

[25]ADEME – Etude sept 2015 « la sensibilité des français à la prévention des déchets » –  publié en juin 2016 par l’IFOP [en ligne] – disponible sur <https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/enquete-sensibilite-prevention-201606-rapport.pdf>(consulté le 07/01/19)

[26]Riposte Verte, observatoire du bureau responsable – enquête déchet réalisée auprès d’organisations de toutes tailles et secteurs comptabilisant 1104 réponses – juin 2018 – 58 p.

[27]Décret d’application du 30 août 2018 sur les modalités de liées à l’interdiction des assiettes et gobelets en plastique en janvier 2020 – https://www.economie.gouv.fr/entreprises/gobelets-en-plastique-interdits-au-1er-janvier-2020

[28]Décret n°2016-288 du 10 mars 2016 oblige depuis le 1er juillet 2016 au tri à la source et à la valorisation de 5 flux de déchets (Art. D 543 à 287 du code de l’Environnement)

[29]Légifrance – Décret n° 2016-1138 du 19 août 2016 pris pour l’application de l’article L. 225-102-1 du code de commerce et relatif aux informations environnementales figurant dans le rapport de gestion des entreprises[en ligne] – disponible sur : <https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?categorieLien=id&cidTexte=JORFTEXT000033053035>(consulté le 07/01/19)

[30]Exemples provenant des associations OASIS Environnement – rapport annuel 2017 – 35 p. et du guide Zéro déchet au bureau [en ligne] – disponible sur :https://www.zerowastefrance.org/zero-dechet-au-bureau-le-guide/(consulté le07/01/19)

[31] ADEME- Etude sur les filières à responsabilité élargie du producteur (panorama) – édition 2017 – 40 p.

[32] Légifrance – article L. 225-102-1 du code de l’environnement [en ligne] – disponible sur : <https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000023268659&cidTexte=LEGITEXT000006074220> (consulté le 16/01/19)

[33] ADEME- Etude sur les filières à responsabilité élargie du producteur (panorama) – édition 2017 – 40 p.

[34]ADEME -Eco-responsable au bureau – édition déc. 2017 – 25 p.

[35]ADEME -Eco-citoyen au bureau – édition déc. 2012 – 31 p.


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2 commentaires pour Objectif Zéro déchet au bureau : mythe ou réalité ?

  1. MAVEN dit :

    Bravo pour ce blog, pour votre implication et pour les recherches faites pour cet article. Nous essayons dans notre environnement de travail de suivre au mieux ces conseils.

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  2. Merci pour cet article très riche. Chez http://www.declic-ecologique.com, nous ajoutons le numérique responsable au zéro déchet au bureau, très économique pour accompagner les entreprises dans la transition écologique !

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