L’herbe est toujours plus verte sur le terrain d’à côté

[Toutes les informations sont tirées d’une webographie fournie en fin du document, et citée grâce à une numérotation à même l’article]

1- Pelouse naturelle,  un gazon rempli d’herbe !

  • Gazon, herbe, pelouse, comique de répétition ?

Pas du tout ! Lorsque l’on parle de gazon et de pelouse, on parle de 2 surfaces d’herbes cultivées pour l’esthétisme de l’espace vert, le gazon représentant le mélange de graminées et la pelouse étant la partie du jardin comparable à un tapis vert, là où le gazon a été planté, générant l’espèce d’herbe correspondante aux graines sélectionnées (la pelouse peut être dite fleurie lorsque les mauvaises herbes s’y invitent, même si la flore y restera moins diversifiée que dans une prairie) [1].

Mais si l’objectif est d’optimiser l’esthétisme d’une surface végétale, les semences doivent être à l’épreuve de l’environnement dans lequel elles sont plantées. C’est pourquoi il est impératif de choisir le bon mélange de graminées en fonction de la qualité du sol, de l’ensoleillement et l’environnement climatique (température, pluviométrie) ainsi que de l’usage auquel il aspire (la fréquentation de la surface dicte la résistance nécessaire au piétinement). Et selon le mélange choisi, le gazon peut se voir conférer une certaine résistance aux maladies, au jaunissement, à la sécheresse, avec un enracinement et un feuillage plus ou moins prononcé.

Mais quelle que soit sa destination, le gazon n’est qu’un mélange d’espèces de graminées regroupées en 2 grands groupes :

-Trèfle, espèce utilisée pour conserver l’aspect vert du gazon même en été.

-Ray-grass, espèces au développement rapide avec un verdissement immédiat. C’est un expert du gazon sportif de la FIFA (Fédération Internationale du Football Association) qui découvrit les vertus de cette espèce, parfaitement adaptée pour une sollicitation confirmée.

Un gazon est dit de bonne qualité lorsqu’il a une forte capacité de résilience, un enracinement suffisant, une couleur verte accentuée et que les mauvaises herbes y sont discriminées. [2 et 15]

Fig. 1 : Ray-grass anglais (Lollium perenne) : cette variété a gagné sa célébrité grâce à sa contribution au mondial 2010 en Afrique du Sud, résistant durablement aux fortes chaleurs. [2]

  • Enjeux environnementaux

Il n’est pas méconnu que tout végétal prospère grâce à son métabolisme photosynthétique, phénomène cellulaire qui consiste en la captation du dioxyde de carbone (CO²) pour générer du dioxygène (0²). Quelle coïncidence lorsque l’on sait que nous autres organismes des faunes  terrestre avons justement besoin de cet oxygène que l’on transforme à notre tour en CO² grâce au processus de  respiration. L’interdépendance Végétaux / Animaux ayant été mise en joue, le concept d’empreinte carbone prend tout son sens, et permet aux convaincus des bienfaits du gazon naturel de prêcher l’aspect environnemental primordial quand l’actualité climatique est en déclin, d’autant plus lorsque l’on sait qu’1 hectare de gazon naturel assimile beaucoup plus de CO² qu’1 hectare de forêt vierge [15].

De la même façon que l’ensoleillement induit la photosynthèse, la chaleur qui en résulte induit la transpiration végétale, appelée évapotranspiration (basée sur le même mécanisme que pour notre transpiration). A l’heure où notre façon d’anthropiser cette chère planète nous fait nous poser des questions sur la manière dont on va appréhender notre futur, le quotidien actuel des citadins est encombré par ce qu’on appelle des îlots de chaleur urbains (ICU), des aires bien localisées qui voient leur température croître anormalement par rapport aux zones rurales et forestières. Eh bien vous l’aurez compris, c’est par absence de végétation, et donc d’évapotranspiration, que l’air ne peut se rafraichir et permet donc aux températures diurnes et nocturnes de rester élevé. Pour imager ce fait, 1 m² de gazon permet l’évaporation de 2,69 L d’eau un jour d’été. Howard Wood, qui s’est vu décerner le prix Goldman européen pour l’environnement grâce à ses convictions et sa façon de protéger l’environnement (notamment pour ce qui est de la pêche marine), précise qu’1m² de gazon permettrait de réduire en sa surface jusqu’à 50% de la température des rayons du soleil [17 et 18].

Mais au-delà de filtrer l’air et de le rafraichir, le gazon se révèle être aussi un filtre pour notre eau de ruissèlement qui file tout droit vers nos nappes phréatiques. Ces graminées, permettant le développement de la microfaune du sol (vers de terre et autres), accentuent indirectement la macroporosité du sol (grâce à l’activité biologique induite). C’est grâce à cette faune, à la porosité et au système racinaire de ce même gazon que l’eau se voit filtrée des impuretés récoltées en surface, et peut atteindre la nappe sainement (si l’eau non traitée est impropre à la consommation, elle peut être utilisée pour approvisionner l’arrosage de la pelouse qui se chargera de la décontaminer (en cas de faible pollution).

Pour ce qui est du côté pratique mais surtout sanitaire, l’herbe permet de fixer les différents aérosols que l’on a l’habitude de respirer en zone bitumée, comme la poussière et les gaz émis par nos moyens de transports.

Voici un bel éloge à ce tapis d’extérieur qui saurait rendre votre environnement plus sain. Mais en cohérence avec nos évolutions technologiques, la patience est une caractéristique de plus en plus rare chez l’homme, puisqu’inutile lorsque nos objets connectés nous permettent de rassasier facilement notre soif de l’immédiat. Donc pourquoi attendre que la nature fasse les choses naturellement en plantant nos petites graminées écologiquement engagées lorsque l’on peut directement obtenir un gazon impeccable en un coup de (roto)fil ?

  • Gazon de placage

Pour s’affranchir de cette étape « chronophage » de culture, il est donc possible d’obtenir une pelouse instantanément par pose de gazon de placage.

Entretien avec un ancien exploitant agriculteur de gazon de placage.

La société ayant été fondée en 2013, l’anonymat sera maintenu pour ne pas engager une quelconque communication sur la société (qu’elle soit en sa faveur ou défaveur), quand bien même l’activité ait stoppée à l’heure actuelle. Nous appellerons notre interlocuteur Gaston Lapelouse (no comment …), dont l’entreprise produit son gazon sur 20 ha, plus précisément 2 parcelles de 10 ha pour alterner les cultures, afin de prévenir les conditions climatiques défavorables et assurer un approvisionnement tout au long de l’année.

Qu’avait-il de plus votre gazon par rapport à celui que l’on peut cultiver chez soi ?

« Lors de la commercialisation de notre produit, pour optimiser le nombre de commandes, il nous était bien sûr primordial de communiquer via l’aspect environnemental de notre production, grâce à l’empreinte carbone». En effet lorsque l’on se renseigne sur son produit, Mr. Gaston propose un gazon de placage 100%naturel, 100% écologique et conditionné en rouleaux, tout ça immédiatement prêt à l’emploi, idéal pour obtenir dans l’immédiat chez soi un gazon verdoyant, homogène et sans mauvaises herbes. « Mais bon vous me direz, l’empreinte carbone ne comprend pas la livraison. Comme la majeure partie de nos clients étaient des particuliers, nous vendions en petite quantité, entre 10 et 350 m² en moyenne. Sachant que 10 m² font à peu près 150 kilos selon l’humidité, une palette complète peut facilement atteindre 1 tonne. Donc avec nos fourgons on pouvait livrer jusqu’à 2 heures de route, parfois pour simplement 10 m². Et même si la quantité de vente est plus importante, le pot d’échappement n’est pas très écolo avec 2 tonnes dans le coffre ».

[…]

« Quand je vous disais que l’on communiquait grâce à l’écologie, il faut avouer que nos méthodes de production n’étaient pas toutes vertes. Bien sûr tout le monde le fait, sinon l’activité ne serait pas rentable. Et bien sûr à l’essor de notre société, et pour mettre le pied à l’étrier, nous nous sommes basés sur les autres méthodes de culture qu’utilisaient les exploitations concurrentes des autres régions. Il est donc évident que l’on faisait appel à des ajouts chimiques pour développer les brins plus rapidement avec un esthétisme au top ». Le produit en lui-même transporte une image vertueuse, avec un gazon « naturel » même si non cultivé à même le sol des clients. C’est cependant la création du gazon de placage qui biaise l’attrait environnemental de ce commerce. En effet, pour arriver au stade de produit fini, le gazon doit être mature, un statut que l’on atteint au bout d’un an d’entretien intense dans l’exploitation :

-Des engrais en grande quantité, azotes et phosphores sont les parents de ces brins d’herbe et cauchemars des adventices.

-Une tonte plus que fréquente pouvant atteindre les  4 fois par semaine pour obtenir une densité visuellement acceptable pour la vente, mais aussi un enracinement plus développé.

Combien de temps le produit remplit-il sa fonction ? ?

« La longévité du gazon pouvant aller jusqu’à 10 ans, on a rarement été confronté au cas de figure du recyclage ou dépose de grandes quantités. Bon l’activité n’a pas duré suffisamment longtemps pour le confirmer, à peine 3 ans, mais dans le cas d’un jardin de particulier et non sportif, il n’y a aucune raison pour que les graminées ne tiennent pas la longue. Nous par exemple lorsque l’on nous appelait pour changer les parties abîmées, après les avoir remplacées on les ramenait sur l’exploitation et on les déposait en talus. On désagrégeait les rouleaux pour en faire un tas d’engrais que l’on réutilisait pour l’activité, à la condition que le client n’ai jamais utilisé de pesticides pour son entretien, sinon ça partait en déchetterie. Mais bon c’était très rare ». Donc aucune perte ou gâchis n’est à déplorer dans cette activité, étant donné que la découpe du  gazon se fait en fonction des commandes 24h avant livraison. De plus lorsqu’une aire précise de la pelouse se voit se dégrader plus rapidement, il suffit de la couper, l’ôter et de la remplacer par un morceau de taille équivalente. Ce n’est pas tout le rouleau qui est remis en cause. Ainsi ce type de gazon est utilisé pour durer longtemps. Etant donné que l’on parle à l’échelle de la décennie, il n’a jamais vraiment été question de recyclage.

  • Un naturel non durable

Que l’on choisisse la solution de facilité en faisant appel à des professionnels de la pose de gazon, ou que l’on mette à l’épreuve notre main que l’on espère verte, la durabilité de la pelouse de graminées est dépendante du mode de gestion qu’on lui attribue. Si le propriétaire est un maniaque du gazon parfait, dénué de germination spontanée, il va alors faire usage des herbicides généralement non-biologiques qui vont contaminer les eaux de drainage (désherbants sélectifs, mais aussi des insecticides parfois, des lombricides, fongicides, …). Il n’est pas rare non plus  que lorsque la morphologie du tapis végétal n’est pas parfaitement au goût du maître des lieux, celui-ci puisse user d’intrants de croissance(dans l’activité professionnelle comme vu précédemment, mais aussi localement chez les riverains),  pour le densifier, augmenter la fertilisation du sol, ou conférer aux brins d’herbe une couleur plus adaptée à ses désirs … C’est ainsi que des composants naturellement présents dans le sol tels que le phosphore, l’azote et le potassium sont étendus en excès jusqu’à pollution des eaux de ruissellement. Donc bien sûr que l’herbe elle-même est durable, on peut même aller jusqu’à dire que c’est la définition principale d’un végétal au vu des bienfaits qu’il procure à notre atmosphère, mais c’est notre éco responsabilité qui ne l’est pas, car parfois inexistante. De plus, notre entretien avec Mr. Gaston n’a pas été concluant quant à l’aspect longévité, qui par webographie est ciblée comme étant une lacune du gazon naturel lorsque le choix des graminées n’est pas parfaitement adapté à l’environnement (les chaleurs persistantes et croissantes étant pointées du doigt comme étant un vrai souci) [1]. Donc comment palier à nos biais de gestion et de croissance ?

2 – Pelouses synthétiques, allons-bon, du plastique ?!

  • De l’herbe non végétale

La pelouse synthétique (ou artificielle), est comme son nom l’indique une imitation du gazon naturel, mais conçue grâce à des produits plastiques par synthèse chimique qui permettra d’imiter au mieux la physique de notre ray-grass tant aimée. Quand d’antan c’était le Nylon l’ingrédient principal de l’imitation, ce sont aujourd’hui le polypropylène ou le polyéthylène (sous forme de mono-filament ou bandelettes fibrées). Ces matériaux sont d’abord sous forme de granulés qui vont être chauffés puis étirés/extrudés pour former des brins de gazon artificiel. Des fibres seront étirées linéairement lorsque d’autres seront entortillées pour maintenir la structure globale verticale.  Du latex est enduit sur la structure de base pour ancrer les brins au support [8]. C’est précisément cette étape qui déterminera la durée de vie du produit. Bien sûr la structure est pourvue de perforations pour permettre à l’eau de pénétrer le sol. Et enfin le gazon gagne en souplesse et en stabilité par l’ajout de granules de caoutchouc.

Fig. 2 : Schéma d’une coupe transversale d’un gazon synthétique (*100) [8]

  • Histoire synthétique

Essayons d’être bref : c’est en 1940 que l’histoire du gazon prend un autre virage grâce à la Minnesota Mining and Manufacturing Company qui va développer un matériau caoutchouteux appelé le Tartan turf, qui permettra aux sportifs de s’entraîner sur un gazon « inépuisable » pour l’époque. C’est la marque AstroTurf qui rencontrera pour la première fois un succès commercial avec cette technologie, en 1960 (et sous l’égide de la compagnie Monsanto). Son nom se voit ainsi utilisé comme terme générique pour désigner la pelouse artificielle (de la même façon que le Scotch ou le Frigidaire).

Pour arriver à sa structure actuelle, l’AstroTurf a d’abord dû essuyer plusieurs critiques : lors de sa première conception, le gazon synthétique n’était formé que par des filaments plastiques, représentant une surface choquante et donc dangereuse en cas de chute pour les sportifs (à l’inverse du ray-grass naturel). La compagnie y a donc ajouté du sable, renflouant quelque peu la structure filamenteuse et adoucir la surface caoutchoutée, mais cela n’a pas suffi à convaincre le cercle des sportifs. C’est grâce à un remplissage de la structure via des granules  de caoutchouc (en plus du sable) que la tenue des brins d’herbes synthétiques sera améliorée, et des chocs nettement plus absorbés (et des risques de brûlures amoindris en cas de chute).

La communication du produit se verra facilitée par les périodes de forte sécheresse qu’a connue l’Europe dans les années 2000 (avec une économie de l’eau à la clé). A ceci s’ajoute la validation de l’utilisation de ce type de gazon par la FIFA et intègre ainsi les plus grands centres de formation du sport (l’UEFA, l’union des associations du football européen, suivra).

  • Plus-value vertueuse

Le plastique, avec tous les problèmes qu’engendrent nos emballages et surconsommations, développe un statut de matière à bannir de l’avenir qu’on devrait convoiter. C’est pourtant bien l’artificialité du produit qui lui confère son aspect durable, en répondant à des enjeux environnementaux que même le gazon naturel ne peut solutionner :

-Qui dit matière non végétale (enfin non vivante) dit aucune maladie possible, ni espèces invasives/mauvaises herbes, et aucune attractivité nutritionnelle pour les insectes ou autres ; ainsi inutile de faire usage de pesticides /insecticides.

-En tant qu’objet, il n’est plus question de croissance ou de conditions environnementales adaptées aux graminées. De là, aucunement besoin d’apports d’eau, d’hormones, même l’ombrage n’est plus un problème puisque photosynthèse n’est plus.

-Qui dit produit fini, sans croissance, dit aucune évolution de la matière, et donc aucune tonte contrairement aux pelouses naturelles. Donc terminé l’utilisation des tondeuses, étape à laquelle s’ajoute généralement le ramassage des déchets verts, transport vers une déchetterie, etc…

-Le gazon synthétique est créé pour subir en moyenne 10 années de piétinement quotidien. Ainsi les moindres composants présentent tous une structure moléculaire solide, fortement liée.

-Sa composition est quasiment entièrement composée de matériaux recyclés : granules de caoutchouc généralement issues du recyclage des pneus, et le PP et PE sont faciles de réutilisation donc proviennent de n’importe quelle filiale de revalorisation plastique : le gazon synthétique est l’exutoire parfait pour la revalorisation de la matière recyclée. Et qui dit composé de matières recyclées dit recyclable à son tour !

  • A chaque solution son problème

Les enjeux environnementaux étant comblés, il fallait bien trouver un vice à cette alternative à la pelouse naturelle. Les principaux acteurs du domaine sportif (par coïncidence des convaincus du gazon naturel), ont mis en joue les enjeux sanitaires engagés par l’utilisation des pelouses synthétiques :

« Les eaux de percolation pourraient être chargées en éléments chimiques » 

Illustration : [20]

Cette hypothèse a d’abord été évincée,  considérée comme mineure à l’époque de l’essor du produit, et ceci sans tests au préalable. L’aspect plus-value sportive et incitation à l’effort physique agissant sur le taux d’obésité américain et la santé mentale, qui pour le coup étaient les enjeux primordiaux de l’époque (pour mieux situer temporellement, c’est aux environs de la création de McDonald). C’est seulement dans les années 2000 que l’on peut effectivement affirmer le côté négligeable du risque : l’Agence Européenne des Produits Chimiques (ECHA) a donc procédé à une évaluation qui révèlera la négligeance « au vu des concentrations d’hydrocarbures mesurées dans les granulés, qui s’avèrent être sous les limites des concentrations règlementaires prévues dans le cadre du règlement européen sur les produits chimiques ».[12]

  • Recyclable, mais par qui ?

Comme dit précédemment, l’avantage du gazon synthétique est qu’il est recyclable au-delà d’être un exutoire de recyclage. Au bout de sa vie, lorsqu’il est temps de donner une nouvelle jeunesse au terrain, la quasi-totalité des composants du synthétique usé sont revalorisables :

  • Le plastique PE : moquette synthétique
  • Le caoutchouc vulcanisé : peut directement réintégrer la filiale du gazon synthétique en occupant le même poste, ou être destiné pour les tapis roulants.
  • Le sable : Génie civil
  • Valorisation énergétique : les composants non réemployés intègrent un cycle de combustion pour alimenter les fours à haute température des industries.

Fig.3 : Etapes de déposes et de tri du gazon synthétique [9]

Plusieurs entreprises sont remarquables dans le domaine (parmi bien d’autres) : Re-Match, Eurofield, Reval’Green. Leurs technologies permettent une dépose du gazon synthétique, combinée avec une séparation des matières in situ, à même le stade (Cf. Fig.3) :

-Les fibres sont d’abords séparées des granules de caoutchouc et du sable, par un système de vibrations intenses et de tamis.

-Le gazon alors vidé et enroulé est acheminé jusqu’à une usine de revalorisation, où il passera d’abord par une étape de destruction mécanique pour séparer la fibre (« les brins d’herbe ») du support, pour ainsi avoir un traitement différencié pour être utilisés comme additifs de matière première (PP et PE) ou en combustibles.

/!\ Il n’existe pour l’instant qu’une seule plateforme en France qui est dédiée au recyclage du gazon artificiel, située à Grenay (38540), en possession d’un arrêté préfectoral de traitement et de recyclages de terrains synthétiques (tenue par la société Reval’Green). La prochaine étape de la société serait de s’implanter à proximité de la région parisienne, là où se trouve près de 50% du gisement de pelouses plastiques).

Fig.4 : Logos certifiant la pérennité environnementale de l’activité de recyclage du gazon synthétique.

  • Les matériaux de remplissage (sable et granulats de caoutchouc) n’ayant pas vu leurs performances s’user sont réutilisées pour un nouveau terrain ou revalorisées comme vu précédemment.

La dépose d’un terrain s’effectuant auparavant à l’aide de 10 à 15 camions, c’est une réelle avancée technologique pour l’industrie du gazon synthétique de pouvoir prétendre au déplacement réduit de seulement 2 camions avec ce nouveau système de tri in situ. De plus, ce sont  9000 pelouses de stades qui ont été jetées en 2017 : L’entreprise Re-Match par exemple a permis la revalorisation de la pelouse de 165 stades la même année = 2% des stades pour une valorisation de 40 000 tonnes de matières qui étaient initialement destinées à l’incinération (ou décharge)[et ainsi d’éviter 65 000 tonnes d’émission de CO²]. Pour ce qui est des pelouses restantes non valorisées, il faudrait faire rallier les multiples collectivités à la cause. La FIFA fait partie du programme de revalorisation de ses pelouses usées.

3- Quel terrain à fouler alors ?

Lors du choix à effectuer concernant le type de gazon à implanter au chantier concerné, il est nécessaire d’évaluer les différents critères auxquels il doit répondre, si c’est une mise en place d’abord d’ordre pratique, financière ou climatique (en plus des considérations personnelles, et si c’est un environnement public ou privé). Mais on pourrait aussi se dire que chacun de nos choix agit sur notre empreinte carbone, le fait de privilégier la marche sur une courte distance plutôt que la voiture, ou fermer le robinet lorsqu’on se brosse les dents. C’est à peu près ce qui est scandé par la ESA, European Seed Association, qui dit qu’il est impératif d’assumer notre rôle dans le devenir de notre planète, et que malgré des chiffres persuasifs de durabilité et d’efficacité en faveur de la pelouse synthétique, il faut privilégier les bénéfices du gazon naturel. De là il est facile de sauter les étapes, et penser ainsi par déduction que l’herbe synthétique émet plus d’effet de serre puisque ne présente aucune vertu tendant vers la purification de l’air. Mais on a bien vu qu’il ne fallait pas prendre en compte seulement l’aspect naturel, mais tout ce qui induit d’intégrer chez soi ou sur ses terrains une herbe qui doit être d’apparence parfaite quelle que soient les conditions climatiques. Un végétal, même sans fins sportives, a besoin par définition de beaucoup d’attentions de la part de son écosystème, avec ses besoins en nutriments, son processus de photosynthèse très stricte quant à son métabolisme … Dans la nature cela semble simple, mais il ne faut pas perdre de vue le fait que si le végétal est sorti de terre à cet endroit précis, c’est que l’environnement y est favorable, et non l’inverse. Or c’est exactement ce que l’on fait, on désire planter à un endroit bien défini, de notre propre volonté, que les conditions y soient favorables ou non, et c’est donc dans ce second cas que le coût d’entretien peut croître facilement, et donc notre empreinte écologique, si l’hydratation doit être récurrente pour cause de sécheresse soutenue, etc … Le gazon naturel présente des avantages environnementaux imbattables.

Mais passons à quelques chiffres plus pertinents que mon discours (quand bien même fondé). Le gazon artificiel coûte plus cher que le gazon naturel. Son mode de production étant plus élaboré, il n’y a pas de doute quant à l’accessibilité financière avantageuse des graminées. Prenons l’exemple d’un stade de foot aux dimensions règlementaires pour les compétitions nationales (avec des valeurs moyennes françaises) :

-Une pelouse synthétique va couter 380 000 euros d’investissement pour la création du stade contre 110 000 euros pour un gazon naturel.

-Sur une période de 10 ans (durée de vie valorisée par les 2 camps), le coût d’entretien du synthétique va monter à 80 000 euros contre 110 000 pour le naturel (nettoyage de la pelouse, arrosage, main d’œuvre, peinture, remplacement des parties abîmées, …)

-Récapitulatif, sur 10 ans, une pelouse artificielle va coûter en tout et pour tout, entretien compris, 250 000 euros, quand la « contrefaçon » verra son prix quasiment doubler, avec 460 000 euros. Donc pour les impatients qui iraient vite en besogne, il est certain qu’en termes d’investissement total l’herbe naturelle est moins chère.

Cependant lorsque l’on combine cette information, d’abord à la longévité améliorée du synthétique [le plastique ayant une structure plus résistante que le brin d’herbe naturel (il m’est possible de vous le prouver par une biblio/webographie des plus pertinente, mais partons du postulat que c’est un fait logique pour limiter l’imposance  de l’argumentaire)], avec le coût d’entretien bien réduit, en terme d’investissement et de durabilité on a le droit de questionner cette information, avec des critères incertains comme les conditions climatiques difficilement intégrables au calcul. Mais prenons déjà les données maniables comme le temps d’utilisation sur 1 année ;

-Un gazon naturel s’utilise à hauteur de 450 heures par an quand l’artificiel peut être sollicité jusqu’à 850 heures. Lorsque ramène le coût global au coût horaire d’utilisation, on arrive ainsi à 55,56 euros / heure pour les végétaux authentiques, contre 54,12 euros pour la pelouse synthétique. Donc pour les impatients qui iraient vite en besogne, il est certain qu’en termes d’investissement horaire l’herbe synthétique est moins chère.

Lorsqu’il est avancé que c’est le synthétique qui excelle en terme de longévité, cela est effectivement indéniable. Cependant le gazon naturel ne démord pas, et ne cesse de s’adapter à son milieu lorsqu’il est régulièrement sollicité. Il a lui aussi su évoluer pour répondre aux besoins actuels, avec des variétés conçues spécialement pour résister à l’usure quotidienne, aux maladies et même à une sécheresse soutenue, avec comme exemple de taille son utilisation lors de la Coupe du Monde 2011 de Foot, jouée en Afrique du Sud. Reprenons l’exemple du Ray-grass anglais, qui voit sa résistance aux piétinements et donc à l’usure de s’améliorer de 1% chaque année. C’est-à-dire que, mettons qu’un terrain soit conçu pour accueillir 365 heures de jeu par an (1h par jour 7j/7), lui ferait gagner 40 heures d’exploitation au bout de 10 ans. La sélection au cours du temps des semences les plus résistantes permet aux mélanges de graminées de rendre compte des meilleures caractéristiques ainsi évolutives, avec une saisonnalité prolongée de pousse grâce à la tolérance aux températures de moins en moins élevées [bientôt pourront-elles pousser toute l’année grâce au réchauffement climatique ? telle est la question].

Les sportifs proclament que le beau jeu s’accompagne d’un terrain ensemencé. De plus que, toujours dans les arguments subjectifs, le bien-être des utilisateurs se verrait accroître en présence de végétaux. Mais même si on a vu que à peu de choses près les 2 types de pelouses agissaient toutes 2 en faveur du développement durable (différemment), cette déduction est revue à la baisse concernant le gazon naturel des terrains à vocation sportive, lors des périodes hivernales, ou de grand froid : en effet, l’hiver, lorsque les températures sont suffisamment basses pour rigidifier les brins, qu’ils soient en plastique ou naturels, il est nécessaire de chauffer la surface pour maintenir un sol exploitable pour le sport au niveau prononcé. Pourrait-on croire qu’il n’y a aucune différence, si ce n’est que le synthétique absorbe bien plus rapidement la chaleur et la conserve sur une plus longue durée. Ainsi, quand bien même les 2 partis présentent un désavantage face au gel, il est mesuré lorsqu’il est question de pelouse artificielle.

Quel combat serré entre ces 2 prétendants pour les futurs jardins / terrains à sublimer. Mais en fait la clé  pour un choix judicieux est de mesurer ses besoins pour choisir celui qui saura assouvir à la perfection nos besoins. Les municipalités sont contraintes de mettre en place un gazon à la hauteur des moyens humains qu’ils veulent associer à l’entretien (moyen humain = financier = temps d’entretien). Il n’est donc pas surprenant d’observer une majorité de complexes sportifs municipaux pourvus de gazon artificiels, dont les fabricants promettent un produit à l’épreuve du temps, du climat, de l’usure, avec moins d’entretien et donc de coûts. Mais si l’on parle du jardin destiné à accueillir ce fameux barbecue estival il est alors mesuré de privilégier le naturel du gazon (de plus, lorsque le gazon synthétique se détériore au fur et à mesure de son utilisation, le gazon naturel se répare, se renouvelle seul lorsqu’il en a le temps, ce qui est le cas dans la plupart des jardins particuliers).

Mais bon, ceci n’est qu’une petite note d’un sportif en herbe qui a aussi un jardin. Eco-responsabilité controversée, efficience remise en question … Aller j’ose le dire : nous ne récoltons que ce que l’on sème finalement.

Alexis GUERIN – Mastère spécialisé Economie Circulaire – Promo 2018 – 2019

Webographie :

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