Évolution des ressources d’eau douce en France

Mots clés : eau douce, température, précipitations, sécheresses.

L’accès à l’eau douce, en quantité suffisante (50 à 100L/jour/personne), de qualité acceptable est un droit humain inaliénable et universel (ONU, 2010). Les ressources en eau d’un territoire sont dépendantes de la quantité et la qualité disponible. Ces deux paramètres sont chaque jour un peu plus impactés par le changement climatique et les activités humaines qui bouleversent le cycle de l’eau (Kazmierczak et al., 2019) illustré et chiffré en figure 1.

Figure 1: Flux moyens interannuels des ressources en eau en France métropolitaine, en milliards de m³ par an (Source: Ifen, 2004)

Les impacts du dérèglement climatique commencent à se faire sentir en France. Les températures annuelles moyennes en France ont augmenté de 1.7°C depuis 1900 avec une accélération depuis 1980. « Sur la période 1959-2009, la tendance observée est de +0.3°C par décennie » (Météo France Climat HD, 2015). Cette hausse entraine une augmentation de l’évapotranspiration (transfert d’eau vers l’atmosphère par évaporation au niveau du sol et par transpiration des végétaux), la sursaturation de vapeur d’eau et la condensation dans l’atmosphère (Kazmierczak et al., 2019). Les précipitations annuelles ne présentent pas d’évolution marquée depuis 1959 en France (EEA 2016, Météo France Climat HD 2015). Elles sont toutefois caractérisées par une nette disparité suivant les régions et les saisons. Les précipitations ont augmenté sur une grande moitié Nord de la France et diminué au Sud (Bates et al. 2008, Météo France Climat HD 2015). Les quantités moyennes de précipitations par jour de pluie ont également tendance à augmenter depuis la seconde moitié du 20ème siècle, indiquant une augmentation des évènements de précipitations intenses (Bates et al., 2008).

Tableau 1 : Répartition des réserves en eau de la planète à l’an 1995 (Source : Ifen,2004)

La quantité d’eau douce disponible est répartie sur la planète dans différentes proportions décrites dans le tableau 1 et dans différents lieux comme les glaciers, les eaux souterraines, les lacs, les cours d’eau, l’air et les sols. Or ces éléments évoluent avec la hausse des températures et les modifications des précipitations. En France, la sécheresse des sols est en très nette augmentation depuis les années 1990 (Soubeyroux et al., 2012). Le pourcentage de surface des sols affectées par la sécheresse est passée de 5% dans les années 1960 à plus de 10% de nos jours et avec un allongement d’environ 10-15 jours de la durée des sécheresses (Météo France Climat HD, 2015). Chaque décennie depuis 1960, il y a en moyenne une diminution de 5 jours d’enneigement (présence de neige au sol) et de 10 jours pour les enneigements supérieurs à 1 mètre d’épaisseur pour des massifs situés entre 1300m et 2000m d’altitude (Météo France Climat HD, 2015). Or la neige a une fonction de « château d’eau » : en fondant progressivement durant le printemps et l’été, quand les précipitations se font plus rares et la demande plus importante, elle maintient le débit des cours d’eau essentiel à l’activité humaine (transport, irrigations des cultures agricoles, production d’énergie). Avec des débits plus importants en hiver et plus faibles en été, ces activités économiques sont mises en danger. Ce danger est, pour l’instant, corrigé par la fonte des glaciers. Depuis 1850 les glaciers des Alpes ont perdu les deux tiers de leur volume, avec une accélération depuis 1980 (EEA, 2012). Concernant les eaux souterraines, leur évolution est difficile à voir car les évaluations ont débuté en 1999 avec le réseau national de connaissance des eaux souterraines. L’activité humaine avec l’artificialisation des sols, l’urbanisme et la battance des sols, empêche l’infiltration d’eau et la recharge des nappes (Kazmierczak et al., 2019). Dans la mesure où leur renouvellement est lent (de 15 jours à 10 000 ans), les eaux souterraines sont vulnérables quantitativement de manière locale et saisonnière (Ifen, 2004). Du côté qualitatif, les pollutions aux nitrates et aux pesticides liées aux activités agricoles intensives représentent un risque de contamination de longue durée (de quelques semaines à quelques années). Sachant que 62% des volumes prélevés pour l’alimentation en eau potable proviennent des eaux souterraines (Ifen, 2004), maintenir leur bon état qualitatif et quantitatif dans les années à venir est un enjeu majeur.

La quantité d’eau douce de qualité disponible en France a donc déjà commencé à diminuer. Les prédictions climatiques indiquent que le phénomène va s’accentuer tout au long du 21ème siècle avec l’accélération du changement climatique. Cela aura une incidence sur les activités humaines comme l’irrigation des cultures agricoles, les récoltes de bois, l’alimentation en eau potable, le transport fluvial, la production d’électricité, la production de neige de culture pour les stations de skis, accélérant davantage la diminution de cette ressource vitale pour l’homme (Bales et al. 2008 et EEA, 2012).

Références bibliographiques :

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Soubeyroux J.-M., Kitova N., Blanchard M., Vidal J.-P., Martin E., Dandin P. (Août 2012). Sécheresses des sols en France et changement climatique. La Météorologie, 78, pp21-30.

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