Impacts environnementaux liés à l’industrie textile : l’eau, une ressource fortement touchée.

Depuis les années 1990 et l’émergence de la « fast-fashion », l’industrie textile a vu sa production se démultiplier. Elle est devenue un secteur majeur de l’économie mondiale, au détriment des conséquences environnementales et sociétales, et notamment de son impact sur l’eau. D’après la Banque Mondiale, en 2014, l’industrie textile utiliserait environ 93 milliards de mètres cubes d’eau par an, ce qui représente 4% des prélèvements mondiaux d’eau douce (cité dans Ellen MacArthur Foundation & Circular Fibres Initiatives, 2016, p. 38). Cette eau est également contaminée au cours du cycle de vie des produits textiles.

Dans un premier temps, certaines cultures nécessitent une grande quantité d’eau, et notamment le coton, comme en témoigne l’assèchement de la mer d’Aral au cœur de l’Asie centrale. Le volume de celle-ci a diminué de 75% depuis les années 1960 due à l’utilisation de l’eau principalement pour la culture du coton (GAUTIER Y., n.d.). Par ailleurs, beaucoup d’engrais et de pesticides sont utilisés dans ces cultures, ils contaminent les sols et se retrouvent dans les nappes phréatiques. 

Dans un deuxième temps, les processus de fabrication consomment et polluent une grande quantité d’eau. D’après KANT (2012), il faudrait environ 200 litres d’eau pour le traitement d’un kilogramme de tissu et l’industrie textile utiliserait plus de 8000 produits chimiques, dont pas moins de 3600 colorants. Ces nombreux produits chimiques se retrouvent dans les effluents textiles et impactent la qualité des eaux usées. Ils ont des compositions chimiques différentes et peuvent réagir, et même former des sous-produits souvent davantage nocifs. Pour être adaptés, les procédés de traitement combinent différentes méthodes biologiques, physiques et chimiques, et nécessitent donc des coûts majeurs d’investissement et d’exploitation (BABU et al., 2007), ce qui n’est pas vraiment compatible avec les prix toujours plus tirés vers le bas par la « fast fashion ». Les effluents textiles sont donc encore souvent riches en couleur et produits chimiques, ainsi que d’une température et d’un PH élevés lorsqu’ils sont rejetés dans les égouts ou les rivières. Ils peuvent avoir de multiples conséquences : gêner la pénétration de la lumière du soleil et empêcher la photosynthèse ; impacter la biodiversité, pouvant même éliminer certaines formes de vie aquatique (HOLKAR et al., 2016) ; affecter la qualité de l’eau potable et la rend impropre à la consommation humaine. Si l’eau est utilisée pour la culture, elle peut également altérer la qualité du sol et entrainer une contamination des cultures et une perte de productivité (BABU et al., 2007).

S’ajoute à cela, une contamination de l’eau liée aux microfibres, et notamment synthétiques. En effet, une étude réalisée par DENG et al. (2020) met en évidence un niveau de microplastiques significativement plus élevé (notamment des fibres de polyester) dans les eaux et les sédiments aux abords d’une zone industrielle textile par rapport à une zone agricole de référence.

Dans un troisième temps, les textiles impactent l’eau dans leur utilisation quotidienne. En effet, non seulement leur lavage par les utilisateurs consomme une quantité importante d’eau, mais lors du lavage en machine, des microfibres se détachent du textile et se retrouvent dans l’eau. L’étude de BROWNE et al. (2011) a montré qu’un seul vêtement pourrait produire plus de 1900 microfibres par lavage. Ces microfibres, invisibles à l’œil nu, se retrouvent ensuite dans les milieux marins. Ainsi, BARROWS et al. (2018) ont montré, dans une étude sur 5 ans, que sur les microparticules prélevées dans les environnements marins, 91% sont des microfibres, dont environ 70% sont synthétiques et 30% semi-synthétiques ou non synthétiques (coton, laine, cellulose principalement).

Heureusement, des solutions émergent comme par exemple le système ECUVal (ÁLVAREZ et al., 2019) qui propose le traitement et la réutilisation des effluents clarifiés d’une usine textile, permettant ainsi à la fois de diminuer la consommation d’eau mais aussi le volume d’eaux dégradées. Et des réglementations voient le jour, comme par exemple, l’obligation d’ajouter un filtre à particules sur les lave-linges neufs à partir du 1er janvier 2025 (Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire, 2020).

Mots-clés : industrie textile, épuisement en eau, pollution de l’eau, contamination de l’eau, microparticules, microfibres.

Références bibliographiques

ÁLVAREZ, M. D., BUSCIO, V., LOPEZ-GRIMAU, V., & GUTIERREZ-BOUZAN, C. (2019). Reducing the environmental impact of textile industry by reusing residual salts and water : ECUVal system. Chemical Engineering Journal, 373, 161‑170.

BABU, B.R., PARANDE, A. K., RAGHU, S., & KUMAR, T. P. (n.d.). Cotton Textile Processing : Waste Generation and Effluent Treatment, 14.

BARROWS, A. P. W., CATHEY, S. E., & PETERSEN, C. W. (2018). Marine environment microfiber contamination : Global patterns and the diversity of microparticle origins. Environmental Pollution, 237, 275‑284.

BROWNE, M.A., CRUMP, P., NIVEN, S.J., TEUTEN, E., TONKIN, A., GALLOWAY, T., THOMPSON, R. (2011). Accumulation of microplastic on shorelines worldwide : sources and sinks. Environ. Sci. Technol. 21, 9175-9179.

DENG, H., WEI, R., LUO, W., HU, L., LI, B., DI, Y., & SHI, H. (2020). Microplastic pollution in water and sediment in a textile industrial area. Environmental Pollution, 258, 113658.

Ellen MacArthur Fondation & Circular Fibres Initiatives. (2016). A New Textiles Economy : Redesigning Fashion’s Future. Repéré à https://www.ellenmacarthurfoundation.org/assets/downloads/publications/A-New-Textiles-Economy_Full-Report.pdf

GAUTIER Y. (n.d.). Aral Mer D’, Dans Encyclopaedie Universalis (consulté le 22 novembre 2020). Repéré à http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/mer-d-aral/.

HOLKAR, C. R., JADHAV, A. J., PINJARI, D. V., MAHAMUNI, N. M., & PANDIT, A. B. (2016). A critical review on textile wastewater treatments : Possible approaches. Journal of Environmental Management, 182, 351‑366.

KANT, R. (2012). Textile dyeing industry an environmental hazard. Natural Science, 04(01), 22‑26.

Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire. (2020). Loi n°2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, Article 79. Journal Officiel de la République Française, 11 février 2020.

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