Les enjeux du réemploi des matériaux de construction

Mots clés : Construction, Réemploi, Mine urbaine, ACV 

Selon l’Organisation de Coopération et de Développement Économique (OCDE, 2019), les matériaux de construction constituent les principales matières premières consommées par l’humanité. De plus, les projections de l’OCDE prévoient une forte croissance du secteur de la construction au niveau mondial, conduisant à une utilisation de matières premières de 84 Gt/an en 2060 (ibid). 

Figure 1 : Utilisation directe des matériaux dans la construction en Gt
Source : OECD (2019)

Néanmoins, les matériaux de construction représentent également la plus grande partie des ressources secondaires disponibles dans le monde (Krausmann et al., 2017). Or l’utilisation de ces ressources issues du renouvellement ou de la démolition reste très marginale (ibid). Qui plus est, parmi ces ressources réemployées, 90% en masse sont des granulats et sont utilisés principalement dans les travaux publics, soit pour un usage inadapté à leur qualité (Augiseau, 2019). Cette opération est définie par Pacheco, Tam, Din, Labrincha et Brito (2013, p2) comme du sous-cyclage.

Face à ces enjeux environnementaux, le secteur de la construction se doit de faire un usage plus soutenable des ressources. Pour ce faire, Kakkos, Heisel, Hebel et Hischier (2020, p2) suggèrent de s’appuyer sur les concepts de métabolisme urbain et plus particulièrement de mine urbaine. Ce concept est défini comme « l’analyse et l’exploitation des stocks de matériaux dans les systèmes urbains à destination des activités anthropogènes » [Traduction libre] (Baccini et Brunner, 2012, p383). 

L’étude menée par Kakkos et al. à l’échelle de la Suisse a permis de montrer via une analyse de cycle de vie que la mise en place d’un véritable urbanisme circulaire aurait des bénéfices environnementaux autres que l’économie des ressources. Les résultats affichent en effet une réduction significative des émissions de gaz à effet de serre et de la demande en énergie (2020, p12). Ces résultats sont corroborés par l’analyse menée par Surahman, Higashi et Kubota en Indonésie, où le réemploi des matériaux issus de la déconstruction permettrait une diminution des émissions de gaz à effet de serre de plus de 20% (2015, p18).

A la lumière de ces bénéfices, il convient donc de s’interroger sur les raisons du faible taux de réemploi des matériaux de construction. Selon Benoit (2018), l’un des enjeux réside dans la visibilité et la lisibilité du gisement de matières à disposition dans l’espace urbain, afin de permettre la structuration des filières autour des matériaux de réemploi. Toutefois, les contraintes à l’utilisation de ressources secondaires dans le secteur de la construction ne relèvent pas exclusivement de la gestion des déchets mais également de la mise en œuvre des matériaux issus du réemploi (Augiseau, 2019). Des freins reposent notamment sur la difficulté à proposer un cadre technique et normatif dans un contexte où le gisement est imprévisible tant par ses caractéristiques techniques que par ses quantités et sa disponibilité (Benoit, 2018). Selon Augiseau (2019), pour lever ces contraintes, des actions doivent être menées à des échelles larges, telles que les collectivités territoriales, la France ou l’Union Européenne via la mise en place de réglementations. Le travail a notamment été initié à l’échelle nationale au travers de la loi n°2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, dont le décret relatif au Diagnostic Produits-Matériaux-Déchets est actuellement en consultation publique.

Liste de références

Augiseau, V. (2019). Utiliser les ressources secondaires de matériaux de construction : contraintes et pistes d’action pour des politiques territoriales, Flux, 2019/2-3 (N°116-117), pages 26 à 41. doi:10.3917/flux1.116.0026

Baccini, P., & Brunner, P. H. (2012). Metabolism of the Anthroposphere : Analysis, Evaluation, Design, MIT Press.

Benoit, J., BELLASTOCK, (2018). REPAR #2, Le Réemploi, passerelle entre architecture et industrie, 548 pages.

Kakkos, E., Heisel, F., Hebel, D. E., & Hischier, R. (2020). Towards Urban Mining – Estimating the Potential Environmental Benefits by Applying an Alternative Construction Practice. A Case Study from Switzerland, Sustainability, 2020, 12, 5041. doi:10.3390/su12125041

Krausmann, F., Wiedenhofer, D., Lauk, C., Haas, W., Tanikawa, H., Fishman, T., … Haberl, H. (2017) Global socioeconomic material stocks rise 23-fold over the 20th century and require half of annual resource use, Proceedings of the National Academy of Sciences, 114(8), p. 1880-1885. doi:10.1073/pnas.1613773114

LOI n°2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (1), NOR : TREP1902395L

Organisation for Economic Co-operation and Development (2019), Global Material Resources Outlook to 2060: Economic Drivers and Environmental Consequences, OECD Publishing, Paris. doi:10.1787/9789264307452-en

Pacheco-Torgal, F., Tam, V.W.Y., Labrincha, J.A., Din, ,Y., & de Brito J. (2013). Handbook of recycled concrete and demolition waste. Cambridge, UK : Woodhead Publishing Limited. 

Surahman, U., Higashi, O., & Kubota, T. (2015). Evaluation of current material stock and future demolition waste for urban residential buildings in Jakarta and Bandung, Indonesia: embodied energy and CO2 emission analysis, Springer Japan, 2015. doi:10.1007/s10163-015-0460-1

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