Démocratie libérale fatale ou tyrannie écologique bienveillante ?

2057: Face à une crise écologique planétaire et à l’inactivité dont ont fait preuve les gouvernements successifs, plusieurs groupes radicaux de la Deep Ecology ont fusionnés pour renverser l’ordre mondial et instaurer un nouvel intérêt collectif.

[Préface : Les futurs apocalyptiques sont une spécialité de l’Homme.  Nous aimons imaginer la fin possible de notre humanité, de multiples façons (catastrophes naturelles, robots, aliens et autres zombies). Tant que cela reste peu envisageable . Mais nous n’aimons pas entendre parler d’un futur catastrophique et crédible à la fois. Nous préférons rester indifférent aux mises en garde et continuer à imaginer que tout ne peut que continuer tel qu’on le connaît.
Le but de cet article est justement d’amener le lecteur à envisager la possibilité future, voire la préférabilité, d’un système entièrement tourné vers la survie de l’espèce humaine. Le confort et les libertés n’ont plus lieu d’être, puisque les enjeux vont bien au delà de l’individu. Cette mise en garde, et alerte de notre situation actuelle, vise à faire s’interroger le lecteur pour chaque solution décrite, à enclencher une réflexion qui va plus loin que notre vie quotidienne. Nous devons absolument réaliser à quel point notre société toute entière est en péril, et changer nos mentalités et nos comportements pour tendre ensemble vers un futur plus clément.]

Cela fait maintenant 40 ans que s’est tenue la COP 21 à Paris et qu’ont été pris les engagements de maintenir le réchauffement planétaire à 2°C de plus que l’ère pré-industrielle. Malheureusement l’unique et fragile accord international aura été balayé par l’élection de Trump à la tête des USA en 2016. Le réchauffement moyen ayant désormais atteint 3,6°C, les catastrophes naturelles sont épidémiques et plus de 200 millions de réfugiés climatiques sont déplacés chaque année. Les guerres pour les ressources sont incontrôlables et l’illusion du progrès technologique au début du siècle n’a pas permis d’enrayer le phénomène. Aussi, la solution sera politique, à travers l’établissement d’une éco-tyrannie planétaire, entièrement tournée vers la pérennité de l’espèce humaine et la protection de la biosphère. L’armée est désormais politique, et traque les mouvements climato-sceptiques, qui sont considérés comme criminels envers l’humanité. Cette omnipotence se veut cependant éclairée et entourée des meilleurs experts planétaires, ceux qui ont prévu la catastrophe et ont tenté de prévenir les différents gouvernements. Le GIEC, le FAO, Greenpeace et de hauts responsables de l’ONU seront ainsi des conseillers importants du nouveau système.

Nous sommes rentrés dans une phase d’état critique environnemental. La démocratie a montré ses limites et devant l’urgence à protéger l’espèce humaine, les libertés individuelles ont dû être fortement réduites. Toute une série de mesures dures mais nécessaires ont du être appliquées, visant à supprimer rapidement les émissions de nouveaux GES, protéger les populations de l’élévation du niveau de la mer (déjà conséquent de 1,6m, impactant 50% de la population mondiale), préserver les espèces animales encore présentes, reconstituer les forêts primaires et la biodiversité des océans. Sans quoi l’humanité toute entière sera vouée à s’éteindre, ou retourner à l’âge de pierre. En s’appuyant sur les préceptes de plusieurs penseurs (Arne Naess, Dominique Bourg, le chef Raoni, le club de Rome, Antoine Waechter,…), l’autocratie ainsi formée appliquera les premières mesures détaillées ci dessous.

Ministère de la Démographie: Une population croissant de façon exponentielle est le premier risque sur les écosystèmes, c’est pourquoi un contrôle absolu des naissances est désormais en place. Chaque personne désirant un enfant devra en demander l’autorisation en justifiant de ses aptitudes, afin de lutter contre les problèmes familiaux et améliorer le patrimoine génétique et l’intelligence collective de l’Humanité. De plus, les adoptions d’orphelins seront priorisées sur la conception d’un nouvel être. La population mondiale devra être à terme réduite et maintenue à un niveau soutenable (6 milliards de personnes).

Ministère de l’Education et de la Propagande: l’endoctrinement aux valeurs de Respect de la Nature et de Sobriété, nouveaux fondements de la société, débutera dès la naissance, avec un fort rejet de la société de consommation. Un culte de la personnalité pour William McDonough et Ellen MacArthur, parents de l’économie circulaire, sera mis en place. Les notions de bonheur et de prospérité individuelle sont redéfinies et n’ont plus de rapport avec le confort matériel ou l’accumulation personnelle de ressources. L’apprentissage sera axé sur des méthodes de survie en pleine nature, des connaissances biologiques et écologiques poussées, et la favorisation des travaux manuels, pour rendre les individus capables de construire eux-mêmes ce dont ils ont besoin.

Ministère de l’Energie et de la Santé: Les pleins pouvoirs ont été accordés aux experts negaWatt pour l’application de leur programme, qui devra se baser sur une consommation encore plus drastiquement réduite, avec stricte limitation des loisirs et des transports au nom de la sobriété et de l’efficacité énergétique. L’arrêt total et irréversible du financement des énergies fossiles et nucléaires est bien sûr la première étape, tous les fonds étant  redirigés pour déployer  des technologies d’énergies renouvelables connues et matures (éolien, solaire, géothermie,…).

Afin de lutter contre l’obésité et le diabète, maladies touchant maintenant 50%  de l’humanité, chacun est désormais tenu de pédaler 2h par jour en Salle de Production Énergétique, sous peine de rationnement alimentaire. L’effort permet de produire assez d’électricité pour l’éclairage et les transports publics (les voitures personnelles étant interdites). De plus, sans pour autant supprimer la production médicamenteuse nécessaire, les grosses industries pharmaceutiques et chimiques sont démantelées ou sévèrement contrôlées pour mettre fin aux proliférations de perturbateurs endocriniens et aux scandales sanitaires.

Ministère de l’Alimentation et de la Consommation: la consommation de tout animal hors insecte est désormais interdite, l’Homme ayant été dévalué et l’ethnocentrisme abrogé au profit des animaux, considérés comme des êtres doués de sensibilité. Les jardins partagés sont encouragés dans les villes, tandis que la permaculture et l’agroécologie détrônent l’agriculture intensive et chimique classique. Pour ce qui est des achats, réglementés, tout emballage individuel jetable est supprimé, la distribution en contenants réutilisables devenant la règle universelle. Le libéralisme, à l’origine de la plupart des problèmes environnementaux, est définitivement aboli. De plus la publicité est strictement prohibée pour lutter contre le désir de consommation, et les fonds (500 milliards d’euros par an depuis 2010) sont redirigés vers la prise en charge des effets du réchauffement climatique (comme par exemple la protection des pollinisateurs, dont la valeur pour l’Humanité a été estimée en 2005 à 153 mds d’euros).  La production des objets du quotidien est fortement limitée et contrôlée par le Gouvernement, afin de gérer la perte de ressources non renouvelables. Le concept de possession personnelle n’existe plus. La société doit s’appuyer maintenant sur le partage et l’économie de fonctionnalité et faire tendre la société vers la décroissance générale.

Ministère des Ressources, du Bâtiment et de l’Industrie: qui sera supervisé par des experts du Cradle to cradle. Proposant des produits et services 100% écoconçus, les Groupes de Production reçoivent leurs ordres de production non pas selon le marché mais selon le Gouvernement. La mondialisation est un système dépassé et le recours aux ressources locales doit se faire systématiquement, en se passant des éléments non indispensables. Un plan de rénovation est prévu pour rendre tous les bâtiments neutres en énergie ou à impact positif par recours à l’auto-consommation. Le bioclimatisme s’applique de façon systématique et les matériaux sont repensés (bois, carton, argile… ) dans une démarche d’efficience et d’intégration paysagère. Les matériaux sont maintenant vus comme des “ressources circulantes”, recyclables ou upcyclables indéfiniment, dans une logique d’écologie industrielle et d’économie circulaire complète.

Ministère de la Biodiversité: confié à de hauts responsables du Word Wide Found et de Sea Shepherd, leur but est la sauvegarde et la protection des espèces ayant échappées à la sixième extinction de l’anthropocène. Les zones protégées sont étendues à 40% des terres émergées et 80% des océans et deviennent inviolables, étant considérées comme des réserves de savoir à protéger et étudier, sur les principes du biomimétisme. Les divertissements se basant sur les animaux, parcs aquatiques ou cirques, sont bien sûr interdits.

Face à la lenteur et à l’incapacité actuelle des processus démocratiques, condamnés à ne penser qu’à court terme (autrement dit à la prochaine échéance électorale), opposée à l’urgence de la situation environnementale, seules deux voies peuvent permettre à terme la survie de l’espèce Humaine:

  1. Une prise de conscience rapide et globale, un changement de mentalité planétaire à tous les échelons de la société et une mutualisation des intelligences pour tendre vers un monde durable. Dans ce cas, La société peut atteindre en quelques années une prospérité sans croissance, possible en redéfinissant la notion de prospérité. L’ancien monde voyait celle ci comme la quantité de biens matériels qu’il est possible d’amasser en une existence. La nouvelle société considère au contraire les relations humaines, l’épanouissement personnel, les arts, le sport, la culture, la construction d’une véritable identité  et la philosophie comme l’essence même de l’Humanité, et donc la prospérité personnelle que chacun se doit d’atteindre. En changeant cette simple définition, toute la société pourrait transiter d’un système superficiel, profondément corrompu, hostile et destructeur, à un monde généreux, équitable et bienveillant.
  2. Un écofaschisme privateur de libertés tel que décrit par Serge Latouche ou Pentti Linkola. Dans ce cas les propositions théoriques décrites ci dessus pourraient rapidement devenir réalité.

La question est alors la suivante : …Qu’attendons nous?

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2 commentaires pour Démocratie libérale fatale ou tyrannie écologique bienveillante ?

  1. arnaudcochet dit :

    Un article digne des romans de SF

    J'aime

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